Midnight sun : Dernier chapitre (17ème)

 Chapitre 17

J’aurais pu rester des heures ainsi à la regarder dormir. Sa respiration était lente et régulière, elle m’apaisait. Ses paupières étaient délicatement fermées, et je pouvais voir le mouvement de ses yeux en dessous, signe qu’elle rêvait. Malheureusement elle n’avait pas encore parlé dans son sommeil comme à son habitude. Et c’était ce moment précis que je ne voulais pas manquer. J’attendrais le temps qu’il faudra, mais je ne partirais pas tant qu’elle ne m’aurait pas fait part du contenu de son rêve. Ne pouvant rêver moi-même, je le faisais par substitution.

Ce qui m’amena à me demander comment un être si différent de soi peut-il être si proche en même temps ? C’était comme si tout mes interdits étaient réunis dans une seule et même personne, c’était déstabilisant, fascinant et attirant à la fois. Comment résister à pareille merveille?

Je caressais délicatement sa joue, douce et rosée comme un pétale de rose. Mais je me retins d’enfouir mon nez dans son cou de peur de la réveillé par mon contact glacé. Elle ne bougea pas, pourtant je sentais que sa température n’était pas assez élevée pour son confort. C’est donc à contrecœur que je me détachais d’elle. Je rapprochais le rocking-chair de son lit, et m’y installais. Je me balançais doucement au rythme de son cœur. Laissant mes doigts se perdrent dans ses cheveux.

Je repensais à Alice. Me demandant ce qu’elle pouvait voir en ce moment même, dans l’avenir de Bella. Je savais pertinemment que sa vision me déplairait s’il s’agissait de la transformation de Bella en vampire, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’y songer. Tout serait tellement plus simple.

 » Plus simple pour toi uniquement, me dit une petite voix mesquine dans ma tête »

Et elle avait raison. Je n’avais pas le droit d’être égoïste à ce point. Bella doit vivre une vie normale, une vie humaine, sans m’avoir pour fardeau, l’empêchant de vivre, de grandir, de vieillir. Je n’ai aucun droit sur sa vie, sur son âme.

—– - Mmmh… Ed…Je t’aime….Edward…Reste…Mmmh. Marmonna-t-elle enfin dans son sommeil.
—– - Moi aussi je t’aime mon ange.

Qu’elle m’aimait je le savais, mais chaque fois que ces mots sortaient de sa bouche, un petit frisson me parcourrait le dos. Il y avait plus que de l’amour dans ses mots.

Je m’approchais d’elle une fois encore, inhalent à plein poumon son odeur qui était devenue mon addiction. Je déposais un baiser sur mon front, elle se tourna vers moi, et j’eus l’impression que ses paroles ne concernaient pas uniquement son rêve. Moi non plus je n’avais pas envie de la quitter. Je voulais rester éternellement à ses côtés. Mais je devais faire acte de présence auprès de ma famille qui s’inquiétait de me voir passer tant de temps avec une humaine. Et en particulier, cette humaine.

Ainsi je partis l’esprit en paix. Elle dormait à point fermé, et rien ne viendrait perturber ce sommeil. Je remis le fauteuil à sa place, et me glissai par la fenêtre, comme à mon habitude, en chuchotant:

—– - Je reviens très vite mon amour.

Je savais qu’elle ne pourrait pas entendre mes paroles, mais j’avais espoir qu’elle en rêve.

.•˜•.
˜*•. ˜*•.•*˜ .•*˜

Lorsque je fus arrivé à la villa, Rose et Esmée n’étaient pas là. Elles étaient parties chasser. Emmett m’attendait avec impatience, en effet, la veille il avait parié contre Alice que Bella ne rentrerait pas vivante.

—– - Tu as perdu frérot.
—– - Je le savais ! Se réjouit Alice. Mon pauvre Emmett tu n’avais aucune chance, te voila obliger de te nourrir que d’Elan pendant un mois ! Et ne triche pas, je le verrais si tu te nourrissais d’un grizzly.
—– - Je ne te félicite pas Edward ! Me taquina Emmett.
—– - Je ne m’en fais pas pour toi, tu trouveras bien un moyen de réduire ta peine !
—– - Oui et je sais déjà comment! Il me suffit de parier avec elle que je la bat au bras de fer.

Je lui fit alors un clin d’œil complice qui n’échappa pas à Alice.

—– - Je sais très bien ce qu’il prépare Edward, et je sais également comment ça va se finir! Son régime d’un mois va durer deux mois !

Ces chamaillerie m’avaient manquées, même si rester loin de Bella m’était insupportable, j’avais besoin de ma famille. Je m’en rendais compte à présent. C’était mon échappatoire, ils avaient toujours été là pour moi, et le seraient toujours. Avec Bella c’était différent. Moi je serais toujours à ses côtés, mais je ne pouvais pas prévoir ses choix. Un jour elle réalisera que je ne lui apporte rien de bon et elle ne voudra plus de moi. Je ne vois pas comment cela pourrait finir autrement. Je dois donc profiter de chaque instant passé avec elle comme si c’était le dernier.

—– - Emmett, lançais-je, parierais-tu que tu puisse me battre ?
—– - Bien sur, et sans aucune difficulté ! Si bien entendu tu ne trichais pas !
—– - Emmett tu sais très bien que je n’y peux rien ! C’est comme si on te disait de te battre sans utiliser ta force herculéenne. Allez, ne fais pas ta chochotte et viens te battre si tu es un vampire !
—– - Tu ne me le diras pas deux fois !

Et pour illustrer ses paroles, il se rua sur moi dans l’espoir de me faire tomber, mais j’avais vu son attaque avant qu’il se lance. Je fis alors un léger écart, juste assez pour lui faire mordre la poussière. D’un bond il se retrouva derrière moi. Je fis volte face et attaquais le premier. Il se retrouva à terre une seconde fois, vexé, il me prit par la gorge, et m’envoya contre un arbre. Je restais accroché à cet arbre, attendant son deuxième assaut. En un éclair il se retrouva devant moi, prêt à mordre, mais je fus plus rapide, et en une pirouette c’est moi qui posait mes dents sur son cou en tenant sa tête entre mes mains de marbre.

—– - J’ai gagné ! Lui murmurai-je à l’oreille. Et je serais toi je ne défierais pas Alice.
—– - Merci du conseil, mais avec deux tricheurs comme vous ce n’est vraiment pas facile de gagner.

J’éclatais alors de rire, tout comme Alice, tandis qu’Emmett se remettait de sa défaite.

—– - Bien joué Edward ! me félicita Alice silencieusement.

Après une bourrasque amicale à Emmett, je franchis la porte d’entrée, et rejoignis Carlisle au salon. Il lisait un de ses livres de médecine qu’il connaissait par cœur. Quand il me vit, il releva la tête et me sourit.

—– - Comment ça s’est passé avec Bella ?
—– - Bien, très bien même. Je n’aurais pu espérer mieux. Elle est tellement différente des autres humains.
—– - Désolé de te poser cette question, je ne t’oblige pas à répondre, mais l’aimes-tu ? Je veux dire par là, l’aimes-tu vraiment au point de ne pas pouvoir envisager ta vie sans elle ?
—– - Oui, Carlisle, je crois que oui. Rester loin d’elle m’est insupportable. Même à cet instant alors que je sais qu’elle dort paisiblement et qu’elle n’a rien à craindre, je ne peux m’empêcher de penser à elle.
—– - Je suis heureux pour toi alors. Je savais qu’une personne t’était destinée ici bas, et je suis persuadé maintenant qu’il s’agit bien de Bella. Et comme elle ferra partie de la famille d’une manière ou d’une autre, tu devrais l’amener ici.
—– - Justement j’y pensais. J’espère seulement qu’elle ne serait pas effrayée à l’idée de rencontrer toute une famille de vampire et de visiter leur maison. Mais après tout elle fait toujours le contraire des autres humains. Peut-être me surprendra-t-elle encore.
—– - J’en suis persuader. Et si elle t’aime comme tu l’aimes, rien ne pourra lui faire peur tant qu’elle sera prêt de toi.
—– - Merci Carlisle.
—– - Esmée va être ravie. Elle meurt d’impatience de la rencontrer enfin. Tu sais, elle souhaite plus que tout de te voir heureux. Et Bella te rends heureux.

Je le serrais dans mes bras, et montais ensuite dans ma chambre pour me détendre et rêvasser à loisir. Je mis le cd de Debussy, et m’installais dans le sofa, me laissant porter par la mélodie. Je m’imaginais la journée de demain, elle serait ici, près de moi, dans ma maison, dans ma chambre. J’étais persuadé que le courant passerait bien entre elle et ma famille. A l’exception de Rose peut-être. Mais son avis m’importait peu.
La mélodie tourbillonnait dans ma tête, et je m’imaginais valsant avec elle, ses cheveux flottant derrière elle, nos rires se mélangeant, son parfum voltigeant autours de moi.

Ma rêverie fut interrompue par Rose et Esmée qui revenaient de la chasse. Et d’après les pensées de Rose, Carlisle lui avait dit mes projets pour la journée de demain.

—– - Mais il est inconscient des risques qu’il nous fait prendre à tous ! Comment peut-il oser amener une humaine ici ? Je n’arrive pas à croire qu’il va faire une chose aussi stupide !
—– - Calme toi Rose, lui dit Emmett. Allez vient, arrête de faire les cents pas.

Je descendis, pour parler avec Rose. Je ne voulais pas qu’elle se comporte ainsi avec Bella demain.

—– - Edward, c’est merveilleux ! Je suis tellement impatiente de la voir enfin ! Elle serait très bien accueillit, ne t’en fais pas !
—– - Merci Esmée, j’espère que vous l’apprécieraient autant que moi.
—– - Je l’aime déjà pour le sourire qu’elle te donne.

Esmée ne put alors s’empêcher de me serrer dans ses bras, telle une mère félicitant son fils pour son mariage. Ce qui me fit sourire. Je me tournais ensuite vers Rose.

—– - Rose, il faut que je te parle.
—– - Très bien, allons dans le garage.

Elle passa devant moi, et s’adossa à sa voiture.

—– - Je ne lis pas dans les pensées, mais je crois savoir ce que tu veux me dire. Tu veux que je me montre aimable avec ta petite humaine, que je ne lui fasse pas peur. Pourtant, je pense que ce serait la meilleure chose à faire. Après tout, elle sait que nous sommes des vampires, donc elle n’aura pas de surprise si je me comporte en tant que tel !
—– - Tu ne feras pas ça Rose. Je ne te demande pas d’être amie avec elle, ni même de l’accepter. Je veux juste que tu te montre gentille avec elle, ça ne prendra que quelques minutes.
—– - Et pourquoi je t’obéirais ?
—– - Je ne te demande pas de m’obéir, mais je te demande de me rendre un service. Et tu le fais pas uniquement pour moi. Pense à Esmée. Elle se fait une joie de rencontrer Bella. Je peux l’entendre d’ici. Et tu ne resteras pas longtemps dans la même pièce qu’elle ne t’en fais pas.
—– - Très bien. Mais sache que, contrairement à Carlisle, je ne la considère pas comme appartenant à la famille.

Elle me tourna le dos et sortit. Je l’entendais encore fulminer en montant dans sa chambre en compagnie d’Emmett, mais j’étais rassuré. Elle se conduirait, du moins en apparence, convenablement avec Bella. Je retournais ensuite au salon où m’attendaient Esmée, Carlisle, Alice et Jasper.

A peine ai-je franchis l’entrée du salon, que j’étais envahis des pensées d’Esmée qui voulait que je lui raconte ma journée avec Bella. Cependant je n’avais pas envie de rentrer dans ce genre de détail pour le moment. Tout ceci était trop nouveau pour que je veuille le partager. Je voulais garder pour moi tout les sentiments et les émotions que j’avais ressenti aujourd’hui. Je savais que c’était très égoïste de ma part, car elle était la mère la plus attentionnée que je connaisse, et elle avait juste envie de partager mon bonheur, mais je préférais le garder intacte. Pour contrer toute interrogation de sa part, je m’installais au piano. En un sens je lui racontais ma journée en musique. Et elle s’aurait interpréter ma mélodie.

En pensant à Bella, les accords se firent naturels et mélodieux. Très doux et mystérieux. Dans ma tête je revoyais des flashs de la journée. Son visage découvrant la clairière. Puis mon attitude lorsque je me suis laissé emporté par ma vraie nature, à cet instant la mélodie se fit plus sombre, et les accords plus graves. Je laissais ensuite une note en suspend, puis repris au moment où je me suis ressaisit et que Bella m’a pardonné. La musique continua ainsi, Esmée écouta attentivement sans m’interrompre.

—– - J’aime ta façon de me faire partager tes sentiments tout en gardant secrète tes pensées. Il n’y avait pas de meilleur moyen pour que nous soyons tout les deux satisfait.

Je lui souris et continuais à jouer. Chaque moment de la journée prenait vie en musique. Et je me dit qu’une partie de ce que je venais de jouer pourrait aisément venir compléter la berceuse de Bella.

Tout le temps que je jouais, Esmée se tenait derrière moi, me pressant l’épaule de temps en temps lorsque la mélodie changeait de ton. Et quand vint l’accord final, elle s’éclipsa en me remerciant.

Alice sautilla devant moi et me prit par le bras.

—– - Allez viens, on va chasser. Si tu passes la journée avec elle et que tu l’amène ici, il faut que nous prenions nos précautions. Jasper y est partit avec Emmett. Et toi tu viens avec moi !
—– - Mais j’ai déjà été chassé avant de passer tant de temps avec elle ! protestai-je
—– - Oui, mais il vaut mieux prendre trop de précaution que pas assez. Et j’ai vu que tu voulais me parler dans la forêt, donc raison de plus !
—– - Je n’avais pas l’intention de te parler pour le moment, et encore moins dans la forêt !
—– - Et bien sache que ça va venir. Et arrête de discuter, plus vite on y va et plus vite tu pourras aller la rejoindre.
—– - Très bien, de toute façon avec toi, inutile de discuter.

Nous courrions à une vitesse vampirique, et nous ne tardâmes pas à rencontrer un troupeaux d’Elan. Je pris le mâle, et un seul me suffit, je n’avais pas vraiment soif. Alice prit deux femelles. Lorsque nous eûmes finit, je repensais à ce qu’Alice avait dit. Que je voudrais lui parler dans la forêt. Mais tout à coup Alice se figea et je vis en même temps qu’elle sa vision. Des vampires vont arriver en ville. Des vampires que nous ne connaissions pas. La vision était flou, se qui signifiait que ces vampires n’étaient pas sur de leur choix. Cette vision n’était pas alarmante, après tout, d’autres vampires sont déjà passés par Forks, et ne nous ont pas posés de problèmes. Et ils n’étaient pas encore en ville, ils pourraient à tout moment changer d’avis et passer par une autre ville.

—– - Alice tu les connais ?
—– - Non, je ne les ais jamais vu. Je pense qu’ils sont juste de passage. Ce sont des nomades. Ils ne nous poseront pas de problèmes.
—– - C’est aussi ce que je pensais. Préviens-moi si tu vois autre chose les concernant.

Mon instinct protecteur me disait de me méfier d’eux. Et mes pensées s’orientèrent aussitôt vers Bella. Non, elle ne risquait rien. Son sang ne faisait pas le même effet à tous les vampires. Son pouvoir d’attraction m’était réservé.

Nous décidâmes ensuite de rentrer, pour informer Carlisle de la venue éventuelle de nouveaux vampires à Forks.

—– - Je ne pense pas qu’ils nous causeront de tord. Cependant je préférais tout de même qu’ils ne s’attardent pas en ville. S’ils attaquaient trop d’humains à Forks cela pourrait nous nuire, nous dit Carlisle une fois informé.
—– - Tu as raison Carlisle, je vais essayer de surveiller leurs décisions, répondit Alice.
—– - Moi je retourne auprès de Bella. Je reviendrais avec elle dans la matinée, soyez là.
—– - Ne t’inquiète pas Edward, nous ne sommes pas des sauvages, tout ce passera bien, me dit Alice.
—– - Oui, je suis sûr que tout va très bien ce passer, confirma Carlisle.

Je fis alors une vision d’Alice, me montrant l’accueil amicale auquel Bella aura droit tout à l’heure. Même si les visions d’Alice pouvaient changer, elles me rassuraient. Je montais ensuite dans ma chambre pour me changer. Je rejoignis ensuite Bella toujours endormie. Elle n’avait pas bougée en mon absence. Un sourire étira mes lèvres. Je compris alors que sans en avoir conscience, lorsque je m’étais éloigné d’elle, un vide s’était formé en moi, et ce vide venait subitement de se combler à la vue de cet ange endormit.

J’étais heureux à l’idée de la présenter à ma famille. Cela officialisait en quelque sorte notre relation. J’étais également désireux qu’elle en fasse de même. Bien entendu pas avec toute sa famille. Il me serait difficile de rencontrer sa mère dans l’immédiat. Mais il est nécessaire que je me présente à son père dans les formes. Et si elle refusait comme je l’imaginais, il me suffirait de la convaincre. Ce n’était pas si difficile avec elle.

Un petit rire m’échappa. Je repensais au moment où elle ne voulait pas me laisser conduire en revenant de la clairière. Finalement elle avait cédé. Et de toute façon, il allait bien falloir expliquer à son père pourquoi nous passions tant de temps ensemble. Il allait finir par se poser des questions et ce n’était pas à lui d’en tirer des conclusions. Je voulais me montrer responsable, pas comme tout ces garçons immatures qui ne pensent qu’à s’amuser. Je voulais que le père de ma petite amie ait confiance en moi.

« Petite amie ». Ce terme me plaisait. Je me le répétais dans ma tête. Jamais je n’aurais cru pouvoir employer ce terme un jour pour une humaine.

Je voulais m’installer tout contre elle, mais le froid de ma peau l’aurait réveillée, je me réinstallais donc dans le rocking-chair, me balançant doucement, rejouant la mélodie dans ma tête, cette mélodie parfaite qui collait à notre histoire. Je me demandais, comment elle allait réagir quand je lui annoncerais qu’elle passerait la journée dans un nid de vampire. Aurait-elle vraiment peur cette fois ? Elle aurait pourtant toutes les raisons du monde d’être effrayée, mais quelque chose me dit que ce ne serait pas le cas. Ce qui me rendait plus serein.

Au bout d’un moment, j’entendis sa respiration s’accélérer quelque peu, elle se faisait moins profonde, ce phénomène était souvent imperceptible pour les oreilles humaines, mais pas pour les vampires. Elle se réveillait. Son bras était sur ses yeux, pour se protéger du jour naissant et pour prolonger son sommeil. Elle gémit et roula sur le flanc. Elle ouvrit les yeux et bondit dans son lit. C’est ce que l’on appel un réveil en sursaut, je présume.

—– - Oh ! fit-elle en s’assaillant brusquement dans son lit. Si vite que ses cheveux restèrent en désordre.
—– - Tes cheveux ressemblent à un nid de corneilles… mais ça me plait bien.
—– - Edward ! Tu es resté !

Elle se leva et vint se jeter sur mes genoux. Je repensais alors au mot qu’elle avait dit avant que je parte. « Reste ». Son rêve était réalité. Enfin presque, j’étais revenu. Donc c’est comme si j’étais resté. Un instant je cru qu’elle pouvait lire dans les pensées. Elle venait de se figer, sans raison apparente. Non, elle ne pouvait pas lire dans les pensées. C’était stupide de penser ça. Elle me regarda ensuite timidement, et je compris. Elle craignait d’avoir été trop brusque. En effet, il y a quelques heures à peine on évitait tous contacte, et là elle se jetait sur moi sans retenu. Cette sensation de chaleur qui inondait mes jambes était très agréable, et rendait supportable la brulure de ma gorge. Je m’esclaffais de joie face à son air faussement timide.

—– - Evidement !

Sa brusquerie était révélatrice. Elle se sentait bien avec moi, et avait toute confiance en moi. Et ça me plaisait beaucoup, beaucoup trop même. Mais qu’importe. Tout ce qui comptait à cet instant c’était que nous étions heureux d’être ensemble. Le reste n’avait aucune importance. Mes mains caressèrent son dos, doux et chaud, je vis quelques poils de son dos d’iriser sur mon passage. Mais elle ne sembla pas le remarquer. Elle posa sa tête sur mon épaule, et je l’entendis respirer à plein poumon mon odeur. Comme s’était étrange. Mon odeur l’a rendait accro, tout comme moi, à la différence qu’elle ne voulait pas me dévorer. A cette pensée, la douleur de ma gorge se fit plus intense. Je serrais les dents et me concentrais sur autre chose. Sur la journée pleine de surprise que nous allions passer à la villa.

—– - J’étais sûre qu’il s’agissait d’un rêve.
—– - Tu n’as pas assez d’imagination pour ça, la taquinai-je.
—– - Bon sang ! Charlie !

Elle bondit une nouvelle fois, mais vers la porte de la chambre ce coup-ci. Charlie était déjà partit depuis un moment, un peu après que je sois arrivé. Je l’avais entendu se préparer, ses pensées étaient confuses, et je n’en avais pas bien saisis le sens. Mais au moins, contrairement à sa fille, j’arrivais à saisir la plupart de ses pensées. Avant de démarrer sa voiture, je l’entendis ouvrir le capot de celle de Bella. Je souris en pensant qu’il ne fallait pas grand-chose pour empêcher Bella de filer en douce.

—– - Il est parti il y a une heure, lui annonçai-je. Après avoir rebranché les fils de ta batterie, suis-je obligé de préciser. J’avoue être déçu. Cela seul suffirait donc à t’empêcher de filer ?

Elle resta immobile à me regarder. Elle semblait hésitante, comme partager entre revenir vers moi et continuer sur sa lancée. Mais je voulais qu’elle revienne se blottir contre moi.

—– - D’habitude, tu es plus vive qui ça, le matin.

Je lui tendis les bras en signe d’invitation. Si elle hésitait pour ne pas me compliquer les choses, il me semblait que ceci répondrait à ses inquiétudes.

—– - J’ai besoin d’une nouvelle minute d’humanité, avoua-t-elle finalement.
—– - J’attendrais donc.

Je restais alors immobile, statufié, attendant qu’elle me délivre de mon sort. Je l’entendis se précipiter dans la salle de bain, elle se brossa les dents. J’entendis ensuite le bruit de la brosse essayant de démêler ses cheveux, elle fit ensuite couler de l’eau. J’avais l’éternité pour l’attendre, mais j’espérais qu’elle ne prenait pas un malin plaisir à me faire attendre. Et quand elle eut enfin fini, elle revint vers moi en courant. Comme j’étais heureux en cet instant. J’aurais aimé que le temps s’arrête sur nous.

—– - Enfin là, murmurai-je en l’enlaçant. Je la berçais ainsi, profitant pleinement de sa présence, de son odeur enivrante, de sa chaleur, mon souhait semblait presque être réalisé.
—– - Tu as osé me quitter ? M’accusa-t-elle en effleurant le col de ma chemise. Ainsi elle avait remarqué ! J’avais oublié à quel point elle était observatrice.
—– - Je ne pouvais décemment pas garder les vêtements d’hier ! Qu’auraient pensé les voisins ?

Pour toute réponse, elle prit son air boudeur. Je me sentis alors obligé de me justifier et de la rassurer sur ma très courte absence.

—– - Tu étais profondément endormie. Je n’ai rien loupé. Tu avais déjà parlé, ajoutai-je malicieusement. Je savais qu’elle n’aimait pas qu’on la surprenne en train de parler en rêvant. Elle qui détestait afficher ses faiblesses, elle ne pouvait rien contrôler lorsqu’elle dormait et que son subconscient prenait la relève.
—– - Qu’ai-je dit ? Grogna-t-elle
—– - Que tu m’aimais. Cette pensée me faisait revivre le moment. Ces mots avaient une saveur particulière dans sa bouche.
—– - Ce n’est pas un scoop.

Ses joues prirent une légère teinte rosée, très appétissante, heureusement que j’avais écouté Alice en allant chasser ! Mais contrairement à ce que je m’apprêtais à combattre, ce n’est pas ma gorge qui me faisait souffrir, c’était une autre sensation, une sensation humaine. Ce n’était pas une vague de soif mais une vague de désir. J’essayai alors de maitriser comme je le pouvais ce sentiment que je ne contrôlais pas encore totalement. Je me remémorais ses douces paroles lorsqu’elle avait parlé cette nuit, ce qui apaisa mon malaise.

—– - C’était plaisant à entendre quand même.

Et comme pour défier mon contrôle, elle enfouit sa tête dans mon épaule. Sa chaleur me brulait presque, mais pour rien au monde je me serais plain.

—– - Je t’aime, chuchota-telle
—– - Tu es ma vie, désormais, répondis-je. Le verbe aimer n’était plus assez fort pour qualifier ce que je ressentais pour elle.

Ce moment était parfais, nous n’avions pas besoin de parler. Nous nous balançâmes dans le rocking-chair jusqu’au lever du jour. J’aurais aimé que le soleil monte moins vite dans le ciel. Ainsi nous aurions pu rester serré l’un contre l’autre plus long. Aucun de nous deux n’osait bouger et rompre cette intimité et cette proximité. Mes doigts se baladaient le long de sa colonne vertébrale et elle se contentait de se laisser aller contre moi, son cœur battait à un rythme régulier, ce qui était rare chez Bella. Une fois cependant, il s’emballa sans raison apparente, mais Bella n’avait pas bougé d’un centimètre. Elle ne souhaitait donc pas partager ses pensées. Ce silence venait d’elle était vraiment insupportable à certain moment. Sa particularité m’irritait, mais elle rétablissait l’équilibre entre nous. Ainsi, je n’avais aucun avantage sur Bella, elle pouvait en être sûre. Tous mes sentiments envers elle étaient sincères, il n’y avait aucune triche entre nous. Nous vivions les mêmes instants avec les mêmes sentiments, les mêmes craintes, la même sincérité. Je me promis alors d’être plus patient et de respecter son silence quoi qu’il arrive. Face à elle j’étais certes désarmé, mais elle l’était aussi.
La lumière du jour se fit ensuite plus vive dans sa chambre.

—– - C’est l’heure du petit-déjeuner, décrétais-je finalement pour lui montrer que je n’oubliais pas ses besoins aujourd’hui.

Mais contre toute attente, elle s’attrapa la gorge à pleine main et me regarda avec de grands yeux écarquillés d’horreur. Sa réaction me choqua, comment pouvait-elle imaginer une chose pareille ? Je regrettais déjà de m’être promis de respecter le silence de ses pensées. Cette vue me dégouta et je tournais les yeux.

—– - Je blague, rigola-t-elle. Toi qui prétendais que je ne savais pas jouer la comédie.
—– - Ce n’était pas drôle, répliquai-je en fronçant les sourcils. Il y a des choses avec lesquelles ont ne doit pas rire, et cette situation en faisait partie.
—– - Ça l’était, et tu le sais.

Visiblement elle ne saisissait pas le véritable sens de mon dégout face à sa blague. Mieux valait donc de passer à autre chose, je voulais passer une merveilleuse journée avec elle. Par conséquent, quand elle m’observa pour voir si je la pardonnais, mon regard s’était adouci.

—– - Faut-il que je reformule ? Demandai-je. C’est l’heure du petit déjeuné pour les humains.
—– - Très bien.

Je me relevais alors rapidement et la jetais doucement sur mon épaule. Elle protestait, et exigeait que je la repose tout de suite, me disait qu’elle était assez grande pour marcher toute seule, mais ses protestations m’amusèrent et je descendis l’escalier. Je l’assis ensuite de force sur une chaise.

—– - Qu’y a-t-il à manger ?

Etant donné que je l’avais porté jusqu’ici et l’avais installé sur une chaise, il était normal à ce qu’elle s’attende à ce que je lui serve son petit déjeuné. Seulement je n’avais aucune idée de ce qu’il fallait pour ça. Il y avait tellement longtemps que je n’avais pas été confronté à une situation semblable que je n’avais pas la moindre idée de ce que les humains aimaient manger le matin. De plus je ne connaissais pas ses goûts en matière culinaire.

—– - Euh… je ne sais pas. De quoi as-tu envie ?

Elle vit ma perplexité, et vint à mon secours. J’étais pitoyable. Je voulais être le chef pour une matinée et je n’étais même pas capable de la nourrir.

—– - T’inquiète ! Je suis capable de m’occuper de moi. Observe un peu comment je chasse.

Elle se leva d’un bond, pris un bol et un paquet de céréales. Elle versa le lait dans le bol et prit une cuiller. Je mémorisais chaque geste pour pouvoir les reproduire si l’occasion se représentait. Elle posa tout sur la table, puis s’interrompit.

—– - Tu veux quelque chose ? demanda-t-elle poliment.
—– - Mange, Bella ! Rétorquai-je en levant les yeux au ciel.

Elle s’installa devant son bol et commença à manger tout en m’observant. J’en fis de même. La regarder manger était presque aussi fascinant que la regarder dormir. Elle prenait le temps de mâcher ses céréales. J’aurais aimé pouvoir y goûter. La nourriture humaine me manquait d’une certaine façon. Les saveurs étaient beaucoup plus variées que le sang. Je n’arrivais même plus à me souvenir du goût de mon plat préféré en tant qu’humain. Mais ses céréales n’avaient rien d’appétissante.

—– - C’est quoi le programme, aujourd’hui ? Demanda-t-elle en interrompant mes pensées.
—– - Voyons…

J’appréhendais sa réaction, et je réfléchis à la meilleure façon de présenter la chose. Je savourais ce petit suspense devant son air curieux.

—– - Que dirais-tu de rencontrer ma famille ?

Elle faillit s’étrangler avec ses céréales. Ainsi mon annonce avait fait son effet. Mais était-ce le bon effet ? Etait-elle effrayée par ma famille ? Refuserait-elle de les rencontrer ? Je comprenais sa peur, et je ne pouvais pas lui en vouloir. En fait, je l’espérais même.

—– - Ça t’effraie ?
—– - Oui, reconnus-je. Mais son verdict ne remettait pas en cause mon choix de lui présenter ma famille. C’était de moi qu’il fallait qu’elle ait peur. De ma famille, je la protègerais.
—– - Ne t’en fais pas, me moquai-je, je te protègerai
—– - Je n’ai pas peur d’eux. J’ai peur qu’ils… ne m’apprécient pas. Ne risquent-ils pas d’être surpris que tu ramènes quelqu’un… comme moi… à la maison ? Savent-ils que je suis au courant ?

Sa réponse me prit de court. Elle était vraiment inconsciente de tout danger. Toutes ses réponses me surprenaient. Pourtant j’avais peine à cacher ma joie après l’inquiétude qui m’avait traversée. Et sa visite était un moment attendu par la majorité.

—– - Oh, on ne peut rien leur cacher, lançai-je sarcastique. Hier, ils pariaient sur les chances que tu avais de revenir vivante. C’était à six voix contre celle d’Alice. Je me demande bien pourquoi. Quoi qu’il en soit, nous n’avons aucun secret les uns pour les autres. C’est d’ailleurs à peu près impossible, entre moi qui intercepte les pensées et Alice qui devine l’avenir.
—– - Sans parler de Jasper, qui doit être capable de te donner l’impression qu’il serait tellement agréable et confortable de lui raconter tout ce que tu as sur le cœur.
—– - Tu es décidément très attentive !
—– - On me l’a déjà dit. Alors, Alice m’a-t-elle vue rentrer ?

Les visions d’Alice étaient la dernière dont je voulais parler avec elle. Je ne voulais pas évoquer avec elle le fait qu’Alice m’ait vue la tuer, ou qu’elle soit devenue vampire. Elle n’avait pas à connaître ce genre de détail, qui de toute façon n’allait pas se réaliser.

—– - Quelque chose comme ça, marmonnai-je, gêné. C’est bon ? Ajoutai-je pour la taquiner, et surtout pour changer de sujet. Franchement ça n’a pas l’air très appétissant.
—– - Eh bien ça ne vaut pas le grizzli irritable.

Elle se dépêcha de terminer son petit-déjeuner. Pendant ce temps, je contemplais la fenêtre, du moins en apparence. En réalité, j’étais quelque peu angoissé à l’idée qu’elle rencontre ma famille, même si j’avais la certitude que tout allait très bien se passer. Je cherchais également un moyen de lui présenter mon désir de rencontrer son père officiellement. Il était important pour moi de respecter les usages. Peut-être trouverait-elle ma requête, futile ou inutile, mais j’y tenais, et je voulais qu’elle comprenne mon sentiment à ce sujet.

—– - Tu devrais aussi me présenter à ton père, hasardais-je finalement.
—– - Il te connait déjà.
—– - Pas comme ton petit-ami.
—– - Pourquoi ferais-je ça ?
—– - Ce n’est pas la coutume ?
—– - Aucune idée.

Oui, elle n’avait aucune conscience des usages qui voulaient que les garçons honnêtes se présentent aux parents de leur bien-aimée pour pouvoir la fréquenter. Peut-être me trouvait-elle un peu vieux jeu de ce point de vue là, mais ça faisait partie à part entière de mon éducation.

—– - Ce n’est pas nécessaire, reprit-elle. Je ne m’attends pas à ce que… Personne ne te force à jouer le jeu.
—– - Je ne joue pas.

Elle se mordit les lèvres en repoussant les céréales sur le bord du bol. Elle n’avait pas comprit que je ne faisais pas cela pour lui plaire uniquement, mais par soucis des traditions, des coutumes, et surtout par respect pour elle et son père. Ou alors, peut-être qu’elle ne voulait pas avouer à son père qu’elle sortait avec moi. En même temps qui aurait envie de présenter un vampire à ses parents ?

—– - Diras-tu à Charlie que je sui le garçon avec lequel tu sors, oui ou non ? Insistai-je.
—– - Car c’est ce que tu es ?
—– - J’admets que c’est une acceptation un peu large du mot garçon.
—– - J’avais l’impression que tu étais plus que ça.

Ainsi j’avait vu juste, elle redoutait la perspective de me présenter à son père comme son petit ami. Espère-t-elle ainsi éviter les questions gênantes que posent les parents dans une situation semblable ? Pourtant, il faut bien que Charlie l’apprenne. Et ce serait beaucoup mieux pour tout le monde qu’il l’apprenne de nous.

—– - Eh bien, je ne suis pas sûr que nous soyons obligés de lui donner les détails les plus sanglants. Mais il va falloir lui expliquer pourquoi je passe autant de temps avec toi, ajoutai-je en lui soulevant le menton d’un doigt. Je ne tiens pas à ce que le Chef Swan prenne des mesures de coercition à mon encontre.
—– - Seras-tu là ? demanda-t-elle soudain inquiète. Seras-tu vraiment là ? Toujours ?
—– - Aussi longtemps que tu voudras de moi. Lui assurai-je.
—– - Je ne me lasserai jamais de toi. Jamais !

Je contournais la table, et m’arrêtais près d’elle, lui frôlant la joue. Elle disait ne jamais se lasser de moi. Si cela pouvait être vrai. Je ne demandais pas mieux. Mais avais-je le droit de lui demander ça ? Non, bien sûr. De toute façon, je n’avais pas à m’en faire, elle allait finir par se lasser de moi. Un humain ne peut pas s’attacher à un vampire. Pensait-elle vraiment ce qu’elle venait de dire ? Jamais n’avait pas le même sens pour elle que pour moi. Mais quoi qu’il arrive, moi je ne me lasserais jamais d’elle. Je lui appartiendrais pour l’éternité, et je serais à ses côtés aussi longtemps qu’elle le désirera.

—– - Tu as terminé ?
—– - Oui
—– - Va t’habiller. Je t’attends ici.

Je l’entendis faire les cents pas devant sa penderie, elle ne devait pas savoir comment elle allait s’habiller. Ce qui me fit sourire. Je m’assis sur les dernières marches de l’escalier pour l’attendre. Puis je repensais à notre petite discutions, et me demandais pourquoi cela la gênait tant de me présenter à son père. Un père devait plutôt apprécier se genre de tradition. Peut-être redoutait-elle la réaction de celui-ci, si elle lui présentait un garçon. Pourtant, je pensais le chef Swan plus ouvert d’esprit. Toutes ces questions me donnaient le tournis, et étaient condamnées à rester sans réponses. Elle ne me dirait jamais la vraie raison de son hésitation. Et je n’avais pas le pouvoir de lire dans ses pensées, alors autant mettre tout ça de côté pour le moment.
J’entendis ensuite ses pas s’accélérer, elle se dépêchait. Inconsciemment, je croisais mes doigts pour qu’elle ne trébuche pas en précipitant ainsi.

—– - Ça y es, cria-t-elle en dévalant l’escalier, je suis à peu près décente.

Elle n’avait pas vu que je l’attendais au pied de l’escalier, et elle dérapa. Je la rattrapais de justesse avant qu’elle ne tombe la tête la première. Je la maintenais d’abord à une distance nécessaire pour que je puisse juger de cette tenue qu’elle disait décente, mais quand je vis sa jupe kaki mi-longue, laissant paraître ses fines chevilles, et ce corsage bleu marine, qui se mariait si bien avec le parfum de sa peau, je ne pus résister plus longtemps au désir que je tentais vainement de maitriser. Je l’attirais alors brusquement contre moi.

—– - Encore une fois, tu as tout faux, murmurai-je à son oreille. Tu es scandaleusement indécente. Aucune femme ne devrait avoir le droit d’être aussi tentante, c’est injuste.
—– - Comment ça, tentante ? demanda-t-elle sans comprendre. Je peux me changer…
—– - Tu es absurde, soupirai-je secouant la tête. Comment ne pouvait-elle pas se rendre compte de l’effet qu’elle me faisait ! Ça crevait les yeux pourtant. Et mon incapacité de me contenir n’arrangeait rien !

Je m’autorisais alors une exception. La tentation était trop forte et le risque minime. Je resserrais mes bras autour de sa taille, et appuyais mes lèvres de glace sur son front tiède et parfumé. J’emplis mes poumons de son arôme, et savourais la douleur que cela me procurait. Ma gorge me brulait, mais je pouvais le surmonter. L’effort, pour ne pas faire glisser mes lèvres sur sa joue et ensuite sur sa bouche, était incommensurable. J’y parvins à force de volonté.

—– - Est-il vraiment nécessaire que je t’explique pourquoi tu me tentes ?

Mes s’échappaient de mon contrôle pour se positionner dans son dos, et la caresser doucement. Elle semblait apprécier. Résister à cet appel était vraiment trop dure. Le risque est vraiment minime me répétai-je. Ce n’est pas la soif qui me contrôle à cet instant, mais le désir que j’aie pour elle. Ma respiration était de plus en plus hachée, chose étonnante car l’air ne m’était indispensable. Une sensation étrange se manifesta au creux de mon ventre. Une fois encore, la soif n’y était pour rien. Ma bouche s’entrouvrit pour trouver la sienne, comme un noyé cherchant l’air nécessaire à sa survit. Et lorsque mes lèvres effleurèrent les siennes, elle s’évanouit pour la deuxième fois en deux jours !

—– - Bella ? M’écriai-je, inquiet, en la rattrapant.
—– - Tu… m’as…fait… tomber… dans les pommes.
—– - Mais comment faut-il que je me comporte ? Hier, quand je t’ai embrassée, tu m’as carrément attaquée. Aujourd’hui, tu t’évanouis. Elle rit faiblement et se laissa aller dans mes bras. Apparemment, tu vas devoir réviser ta théorie sur mon excellence dans tous les domaines…
—– - Ne te dénigre pas. Tu es trop habile, c’est ça le problème. Beaucoup, beaucoup trop habile.
—– - Tu ne vas pas être malade, hein ?
—– - Non. Ce n’est pas comme l’autre fois. Je crois juste que j’ai oublié de respirer.

Elle aimait que je m’inquiète pour elle ! Je ne voyais pas d’autre explication. Pourtant je savais bien que je n’étais pas aussi habile qu’elle aimait le dire, sinon elle ne s’évanouirait pas à chaque baiser.

—– - Tu n’es pas en état de sortir.
—– - Je vais bien. De toute façon, ta famille va me prendre pour une folle, alors, qu’elle importance ?

Je ne pouvais détacher mes yeux d’elle. Je la contemplais longuement. La couleur de son chemiser s’accordait parfaitement à son odeur, si délicate, tellement envoutante.

—– - J’ai un faible pour la manière dont la couleur de ce chemisier s’accorde à ta peau, finis-je par lui dire. Elle rougit et détourna les yeux, un peu gênée.
—– - Ecoute, répondit-elle brusquement. Je m’escrime à éviter de réfléchir à ce que je suis sur le point de faire. Alors, pourrions-nous y aller, maintenant ?

J’arrivais à percevoir son stresse. Mais c’était assez amusant, dans le sens qu’elle n’angoissait pas pour la bonne raison.

—– - Tu t’angoisse non parce que tu vas mettre les pieds dans un nid de vampires, mais parce que tu as peur que ces vampires te rejettent, c’est ça ?
—– - Exactement, riposta-elle.
—– - Tu es incroyable.

Je n’en revenais pas. Comment pouvait-on être inconscient du danger à ce point ? Je préférais finalement, ne pas chercher à comprendre.
Nous prîmes ensuite sa voiture, et je conduisis, en direction de la villa. C’était une torture pour moi de conduire sa Chevrolet. Evitant alors de trop regarder la route, pour ne pas déprimer de sa lenteur, je préférais concentrer mes pensées sur Bella, espérant ainsi réduire mon impatience au silence. Elle regardait la route, les maisons devant lesquels nous passions, elle n’avait aucune idée de l’endroit où j’habitais. Et plus nous nous approchions de la villa, plus elle semblait dépaysée. Elle ne s’attendait apparemment pas à ce que nous habitions dans un endroit aussi isolé, pourtant, si elle y avait réfléchit quelques instant elle en aurait compris la raison.
Quand elle vit la villa, je pus entendre son cœur s’accélérer quelques peu, et voir ses pupilles se dilater légèrement. Elle était… surprise ? Peut-être s’attendait-elle à autre chose.

—– - Dis donc ! Souffla-t-elle.
—– - Elle te plaît ?
—– - Elle… ne manque pas de charme.

L’effort qu’elle faisait pour cacher son étonnement était amusant. Je tirais alors doucement sur sa queue-de-cheval pour la taquiner en m’esclaffant.

—– - Prête ?
—– - Pas le moins du monde, plaisanta-t-elle, allons-y.

Je la sentie se tendre d’avantage, et elle lissa ses cheveux nerveusement. Je prie alors sa main dans la mienne pour tenter de l’apaiser.

—– - Tu es magnifique.

Nous nous approchions de la villa, et son stresse était palpable. Je lui caressais doucement la main avec mon pouce pour la détendre. Je lui tins ensuite la porte. Je m’éclipsais devant elle, en parfait gentleman, pour la laisser entrer la première. Mes parents nous attendaient prêt du piano. Esmée bouillonnait d’impatience, contrairement à Carlisle qui était très calme. Carlisle avait suggéré à Esmée de ne pas venir à notre rencontre, pour ne pas effrayer Bella, il trouvait plus judicieux que ce soit elle qui s’approche, à son rythme si elle le voulait.

—– - Carlisle, Esmée, je vous présente Bella, lançais-je pour rompre le silence. —– - Soit la bienvenue, Bella, lui dit Carlisle en approchant doucement, à pas exagérément lent. Il prenait cette initiative car il l’avait déjà rencontré. Il pensait ainsi la mettre en confiance.
—– - Ravie de vous revoir, docteur Carlisle, lui répondit-elle en lui serrant la main qu’il tendait.
—– - Je t’en prie, appelle-moi Carlisle.
—– - Entendu, répondit-elle ravie de cette accueil.

Je la sentais se détendre un peu, et j’en fus soulagé. Malgré le fait qu’elle me dise ne pas avoir peur de ma famille de vampire, j’en doutais sincèrement. Mais l’accueil chaleureux et familiale de Carlisle avait eu raison de son stresse. Je lui en étais reconnaissant. Voyant Bella se détendre, Esmée me demanda silencieusement si elle pouvait approcher, je lui fis un signe rapide des yeux, et elle se mêla à nous à son tour.
Tout comme Carlisle, elle tendit à Bella une poignée de main, que celle-ci serra, ne laissant paraître aucun signe de gêne au contacte de notre peau glacée.

—– - Heureuse de te connaître, lui dit Esmée.
—– - Où sont Alice et Jasper ? Demandai-je.

Au même moment, je les entendais descendre l’escalier pour nous rejoindre.

—– - Nous ne voulions pas l’effrayer en lui sautant tous dessus en même temps Edward… Nous voulions d’abord voir sa réaction avec Esmée et Carlisle. Hé, Edward ! Me hélas Alice, mine de rien.

Comme à son habitude, Alice en faisait trop. Elle dévala l’escalier rapidement et vint se posté devant Bella à vive allure. Je retins malgré moi mon souffle, avec une seconde d’appréhension. Alice le remarqua et me montra une vision d’elle et Bella, grandes amies.

—– - Salut, Bella ! lui dit Alice très sure d’elle.

Et avant même que je n’ai eu le temps d’anticiper quoi que ce soit, Alice se pencha sur Bella et embrassa sa joue. Je trouvais que pour une première rencontre elle allait un peu loin. Bella aurait pu prendre peur à tout moment. Je me raidis instinctivement, même si cela était inutile. Une pensée passa rapidement dans la tête de ma sœur, et je ne pu la saisir complètement, mais les paroles qu’elle lança après ne me plurent en aucun cas.

—– - Tu sens très bon, je ne l’avais pas encore remarqué.

Je m’apprêtais à lancer une remarque à ma sœur, mais je me sentais soudainement détendu… Je regardais alors Jasper qui s’approchait à son tour. Accueillir Bella était une chose très difficile pour un jeune végétarien comme lui.

—– - Bonjour, Bella.

Malgré la vague de bien être qu’il dégageait, il préféra garder ses distances avec Bella. Je ne pouvais que lui en être reconnaissant.

—– -Bonjour, Jasper, répondit Bella, un peu intimidée. Je suis très contente de vous rencontrer, ajouta-t-elle à tout le monde. Vous avez une très belle maison.
—– - Merci, répondit Esmée. Nous sommes enchantés que tu sois venue.

Esmée était étonnée de la sérénité avec laquelle Bella faisait face à cette situation. Moi aussi d’ailleurs. Carlisle m’annonça ensuite une nouvelle que je redoutais…

—– - Alice à eu une autre vision des nomades… Ils savent que nous sommes ici… leur route est encore incertaine, mais elle a sentit de la curiosité… ils tenteront peut-être une approche. Nous n’avons rien à craindre d’eux, mais je pense qu’il serait préférable que tu tiennes Bella éloignée de tout ça.
Je lui répondis d’un hochement de tête que je voulais discret, mais Bella était trop près de moi, et j’avais l’impression qu’elle avait interceptée notre discussion mentale.

—– - Tu joues ? demanda Esmée à Bella, devant son intérêt soudain pour le piano.
—– - Pas du tout. C’est un merveilleux instrument. Il est à vous ?
—– - Non, rit-elle. Edward ne t’as pas dit qu’il était musicien ?
—– - Jamais, répondit-elle en me fusillant du regard. Quoique j’aurais dû m’en douter, j’imagine.
Esmée ne saisit pas tout de suite le sens de sa phrase, et Bella précisa.
—– - Edward réussit tout ce qu’il entreprend, non ?

Jasper ricana, et Esmée me lança un regard de reproche.

—– - J’espère que tu n’as pas fanfaronné, me morigéna-t-elle, ce n’est pas très élégant.
—– - Juste un peu, ripostai-je gaiement.

Je partis d’un grand éclat de rire, Esmée s’adoucit, comprenant que je ne m’étais pas vanté à tord et à travers.

—– - En réalité, il a été trop modeste, intervient Bella.
—– - Eh bien, joue donc pour Bella, Edward, m’encouragea ma mère.
—– - Tu viens juste de dire que fanfaronner était mal élevé.
—– - J’aimerais t’écouter, insista Bella.
—– - Affaire conclue, décréta alors Esmée en me poussant vers le piano.

Même si je ne voudrais l’admettre pour rien au monde, jouer devant Bella me faisait une boule au ventre. J’allais lui jouer sa berceuse pour la première fois, après lui avoir tant fredonné… Je l’entrainais avec moi jusqu’à piano, et l’invita à s’asseoir à mes côtés.

—– - On reste 5 minutes et après on vous laisse les amoureux, entendis-je ma famille me dire silencieusement.

Je fis alors un regard exaspéré à Bella, qui n’avait rien remarquée. Je commençais à jouer une mélodie. Je jouais le morceau préféré d’Esmée, gardant sa berceuse pour après. Je jetais un regard en coin à Bella pour voir sa réaction. Elle en béait d’ahurissement. Je lui lançais alors un clin d’œil. Elle était réellement surprise, et j’en étais fier.

—– - Tu aimes ?
—– - C’est toi qui l’as écrite ? S’exclama-t-elle encore sous le cou de la surprise.
—– - Oui, c’est le préféré d’Esmée.

Elle ferma les yeux, interdite, et secoua la tête.

—– - Qu’y a-t-il ?
—– - A côté de toi, j’ai l’impression d’être totalement insignifiante.

J’allais lui prouver le contraire en jouant sa berceuse. Je ralentis, et transforma la mélodie en accord plus doux. Jouer sa berceuse avec elle à mes côté me remplit d’un bonheur sans nom. C’était tout simplement magique. Mes doigts volaient au dessus du clavier, emportés dans un tourbillon de notes. Le plaisir était grandiose.

—– - c’est toi qui a inspiré celui-ci, lui chuchotais-je. Mes doigts parcourant le clavier, ma muse à mes côtés, je ne pouvais rêver mieux.
—– - Ils t’aiment bien, tu sais, lui dis-je lorsque ma famille fut partit. Esmée, surtout.

Elle se retourna, n’ayant pas remarqué leur absence.

—– - Pourquoi sont-ils partis ?
—– - Un moyen très discret de nous donner un peu d’intimité, je suppose.
—– - Eux, peut-être, soupira-t-elle. Reste Rosalie et Emmett…

Elle n’avait pas oubliée leur absence… j’en étais déçu d’ailleurs, mais c’était peut-être mieux ainsi. Je ne tenais pas à me disputer avec Rose devant Bella.

—– - Ne t’occupe pas de Rosalie, elle s’y fera.
—– - Et Emmett ? Persista-t-elle.
—– - Oh, il pense que je suis fou, mais tu ne lui pose aucun problème. Et il essaie de raisonner Rosalie.
—– - Qu’est ce qui l’ennuie tant que ça ?
—– -Rosalie est celle qui a le plus de difficulté à… vivre notre condition, soupirai-je. Elle a du mal à accepter qu’un étranger sache la vérité. Et puis, elle est un peu jalouse.
—– - De moi ? dit-elle sans comprendre.
—– - Tu es humaine, lui expliquai-je. Elle regrette que ce ne soit pas également son cas.
—– - Oh… Et Jasper ? Lui aussi, il…
—– - C’est ma faute. Je t’avais expliquée qu’il était le plus récent d’entre nous. Je l’ai averti de garder ses distances, dans son propre intérêt.
—– - Esmée et Carlisle ? poursuivit-elle.
—– - Ils s’en réjouissent pour moi. D’ailleurs, Esmée se moquerait comme d’une guigne que tu aies un troisième œil ou les pieds palmés. Elle s’est tellement inquiétée, craignant qu’un élément essentiel ait manqué au moment de ma transformation par Carlisle… Elle nage en plein bonheur. Chaque fois que je te touche, elle s’étrangle de joie.
—– - Alice m’a semblée très enthousiaste.
—– - Elle a une façon bien à elle d’envisager les choses, répondis-je tout bas en me remémorant ses visions.
Nous n’avions pas besoin de parler pour nous comprendre, c’est ce qui était merveilleux avec elle. Elle avait sentit que j’y cachais quelque chose, mais elle ne le posa aucune question dessus, sachant que je n’étais pas prêt à lui en parler.



Mdnight sun : Chapitre 16 (Révélation)

Révélation

 Révélation

Première partie

Mes années d’expérience, et mon talent particulier, faisaient que j’étais passé maître dans l’art du mensonge et de la dissimulation. Mais pour une raison que j’ignore, Bella était une des rares personnes à pouvoir déceler mes mensonges. Cette fille était vraiment hors du commun, non seulement je ne pouvais pas lire en elle, mais elle pouvait détecter quand je dissimulais la vérité. Cette situation était vraiment déstabilisante pour quelqu’un qui a l’habitude de connaître les moindres pensées de chacun.

J’avais conscience d’en avoir trop dit. Et en cet instant, elle se doutait à juste titre que je lui cacher quelque chose. En effet, comment quelqu’un qui était censé n’avoir jamais mis les pieds chez elle, pouvait connaître la cachette de la clé ?

Après l’après-midi que nous venions de passé, je ne pensais pas prendre beaucoup de risque en lui avouant que ce n’était pas la première fois que je pénétrais chez elle. Elle serait en colère, du moins en apparence, mais elle ne le restera pas plus de quelques minutes.

Ses yeux magnifiques yeux brillant attendaient une explication. Je savais exactement les mots que j’allais prononcer pour qu’elle devine d’elle-même.

—– - J’avais envie d’en apprendre plus sur toi.
—– - Tu m’as espionnée ? S’empressa-t-elle de conclure.

Comme je l’avais prédit, sa colère n’était qu’une façade. Elle allait me pardonner rapidement.

—– - A quoi occuper mes nuits, sinon ?

Pour toute réponse, elle m’ignora et se dirigea dans la cuisine. Je l’y devançais, et m’installais sur une chaise pour mieux l’observer. Elle se concentra plus que nécessaire sur la préparation de son diner. Elle voulait surement me cacher sa nervosité. Son énervement était adorable, on aurait dit un petit chaton outré. Elle mettait un point d’honneur à ne pas me regarder. Le masque qu’elle c’était fixé n’aurais pas tenu une seconde si nos regards s’étaient croisés, se qui m’amusa.

Peut-être étais-je trop sûre de moi ? Pourtant, ce que j’avais appris cet après-midi même pouvait me laisser penser que j’avais raison d’agir ainsi. Je savais qu’elle ne pouvait pas rester très longtemps en colère contre moi. Ma seule présence suffisait à lui faire tourner la tête. Et la voir s’énerver pour rien était à cet instant vraiment distrayant pour moi.

—– - C’est arrivé souvent ? demanda-t-elle fixant l’assiette dans le micro-onde, et me sortant de mes réflexions.
—– - Pardon ?
—– - Combien de fois es-tu venu ici ? demanda-t-elle refusant toujours de me regarder.
—– - Je te rends visite presque toutes les nuits, avouai-je. Et je constatais au même moment, qu’il était plus facile d’avouer ce genre de chose quand la personne concerné nous tourne le dos.
—– - Pourquoi ? S’exclama-t-elle en virevoltant avec grâce.
—– - Tu es très intéressante quand tu dors. Tu parles.
—– - Nom d’un chien !

Cette fois elle était gênée pour de bon. Je regrettais aussitôt d’en avoir trop dit. Elle s’agrippa au comptoir sous le choc, et piqua un fard, rendant ses joues irrésistibles. Je voulais tout de même m’assurer qu’elle ne m’en voulait pas trop.

—– - Tu es très en colère ? Demandais-je, ennuyé que ça puisse être le cas.
—– - Ça dépend !
—– - De quoi ?
—– - De ce que tu as entendu, tiens !

Ainsi, elle ne m’en voulait pas parce que j’avais pénétrer chaque nuit dans sa chambre sans autorisation, mais parce qu’elle avait peur que je puisse connaître ses vrais sentiments à mon égard. Et peut être aussi par peur du ridicule. Elle savait qu’elle parlait dans son sommeil, mais savoir que j’étais témoin de cette particularité la mettais mal à l’aise. Mon premier geste fut alors de la réconforter, et je fus à ses côtés immédiatement. Je pris ses mains dans les miennes avec douceur. Ses petites mains chaudes dans le creux des miennes froides et puissantes me firent prendre conscience de la délicatesse de la situation.

—– - Ne t’en fais pas, susurrai-je en plongeant mes yeux dans les siens. Elle détourna son regard, embarrassée. Craignait-elle que je pénètre son intimité une fois de plus ? Je devais donc lui dire ce que j’avais appris durant toutes ses nuits pour qu’elle puisse me faire confiance à nouveau. Ta mère te manque, tu t’inquiètes à son sujet. Et le bruit de la pluie t’énerve. Au début, tu parlais souvent de chez toi, là-bas, c’est moins le cas, à présent. Une fois, tu as dit : « C’est trop vert ! ».
—– - Quoi d’autre ? Insista-t-elle.
—– - Tu as prononcé mon prénom, admis-je. Je savais depuis le début que c’était cette réponse qu’elle appréhendait. Pourtant, il n’y avait aucune raison d’en avoir honte, ou d’être gênée. Mon plus grand regret était justement de ne pas pouvoir rêver d’elle.
—– - Beaucoup ? Soupira-t-elle.
—– - C’est combien pour toi, beaucoup ?
—– - Oh, non !

Elle baissa la tête. Je l’attirais alors tendrement vers moi, pour qu’elle se sente à l’aise. Je voulais la rassurer. Je voulais qu’elle comprenne qu’elle ne devrait jamais être gênée de me faire partager ses pensées. Je lui voulais lui dire une fois de plus tout ce que je ressentais pour elle, et toutes les raisons qui faisait qu’elle ne devait pas avoir honte de ses rêves, mais j’entendais déjà la voiture de Charlie approché. Je fis donc plus court que ce que j’aurais souhaité.

—– - Ne sois pas gênée, lui soufflais-je à l’oreille. Si je savais rêver, je ne rêverais que de toi. Et je n’en aurais pas honte.

Charlie était dans l’allée, les phares de sa voiture baignaient les fenêtres de lumières. Dès que Bella en eu conscience, elle se raidit. Je compris alors qu’elle n’était pas encore prête à me présenter à son père.

—– - Est-il nécessaire que ton père sache que je suis là ?
—– - Je n’en suis pas certaine…
—– - Une autre fois alors…

Je me faufilais alors à une vitesse vampirique dans l’escalier. Elle n’eut même pas le temps de me voir avec ses faibles yeux d’humaine.

—– - Edward ! Chuchota-t-elle.

Je perçu dans sa voix une tristesse. Pensait-elle vraiment que je partirais si vite ? Je ne pus retenir un rire, avant de m’installer dans sa chambre.

Charlie venait d’entrer.

—– - Bella ?
—– - Je suis ici.

C’était une occasion unique pour moi de partir à la découverte de sa chambre sans risquer de la réveiller, ou d’être attiré comme un aimant par sa délicieuse odeur. J’étais cependant partager entre ma curiosité d’explorer sa chambre et mon désir d’écouter la conversation qu’elle avait avec son père. Mais ce que je venais de déceler dans l’esprit de son père me décida.

—– - Tu es pressée ?
—– - Oui, je suis fatiguée. J’ai l’intention de me coucher tôt.
—– - Tu as l’air tendue.
—– - Vraiment ?

Son comportement inhabituel avait en effet mis la puce à l’oreille de son père. Il était cependant loin du compte. Bella n’avait aucunement l’intention de faire le mur le soir, elle était simplement désireuse de me retrouver dans sa chambre.

—– - On est samedi soir, commença Charlie. Pas de plan pour la soirée ? Insista-t-il.
—– - Non, papa. J’ai juste envie de dormir.

Elle était vraiment une mauvaise menteuse. Je retiens alors un rire.

—– - Les garçon du coin ne sont pas ton genre, hein ?
—– - Je n’en ai pas encore repéré un seul.
—– - Et ce Mike Newton ? Tu disais qu’il était sympa.

Dès que j’entendis le nom de Mike associé au sous entendus de son père, je ne pus m’empêcher de voir rouge. Je me calmais cependant rapidement en entendant la réponse de Bella.

—– - Ce n’est qu’un ami, papa. Dit-elle comme une évidence.
—– - De toute façon, tu vaux mieux qu’eux tous réunis. Tu auras tout le temps d’en chercher un à la fac.

J’étais d’accord avec Charlie sur le premier point. Elle valait mieux que tous les garçons de Forks réunis, moi y compris. Et pour ce qui était de l’autre point, je comprenais parfaitement le point de vue de Charlie. Pour un père qui élève seul sa fille, les premiers amours de celle-ci sont souvent durs à gérer. Charlie étant quelqu’un de peu expressif, il redoutait par-dessus tout, le jour où il faudrait consoler sa fille à cause d’un chagrin d’amour. Ou pire encore, si jamais elle avait la mauvaise idée de lui demander des conseils en amour.

—– - C’est ça, lança-t-elle en se dirigeant vers l’escalier.
—– - Bonne nuit, chérie.
—– - A demain.

Je l’entendis montée l’escalier d’un pas anormalement lourd. Pour qui était destinée cette mascarade ? Je me mis alors dans un coin sombre de sa chambre. Je la vis ensuite se précipité vers la fenêtre. Elle l’ouvrit en grand et scruta la pénombre.

—– - Edward ? Chuchota-t-elle.

Elle me cherchait alors qu’elle était passée a seulement quelques centimètre de moi. Elle n’avait pas sentis ma présence. Je m’allongeais alors confortablement sur son lit en étouffant un rire. Elle se retourna d’un bond en portant un poing à bouche pour étouffer un cri de terreur.

Deuxième partie

Son cœur battait à une vitesse alarmante, même pour elle qui était habituée à avoir des frayeurs. Mais en y repensant, la plupart de ses frayeurs étaient causées par ma faute… j’eus alors un demi-remord, qui me passa aussi vite qu’elle se laissait tomber par terre pour reprendre ses esprits.

—– - Désolé, m’excusai-je en cachant mon amusement.
—– - Donne moi une minute, le temps que mon cœur reparte.

J’eus alors pitié d’elle et de son cœur. Je ne voulais pas qu’elle me fasse une attaque maintenant. L’égoïste que j’étais avait trop besoin de sa présence pour prendre un tel risque. Je m’assis alors le plus lentement possible, puis me penchai, et doucement je la soulevai pour l’installer près de moi.

—– - Là, murmurai-je en posant ma main sur la sienne. Comment va ton cœur ?

Je lui demandais par politesse, mais je connaissais la réponse, et celle-ci m’amusait beaucoup. Nous attendîmes en silence que ce dernier s’apaise. Lorsque qu’il eut enfin retrouvé un rythme normal, je pensais pouvoir profiter d’elle quelques instants, mais elle me détrompa.

—– - M’accorderais-tu quelques instants d’humanité ?
—– - Mais certainement.
—– - N’en profite pas pour filer !
—– - A vos ordres, Madame.

Entendre la crainte de mon départ dans sa voix était vraiment une sensation extraordinaire. Elle ne voulait pas que je parte. Elle voulait que je reste avec elle, et c’est exactement ce que j’avais l’intention de faire. Et pour lui prouver ma bonne volonté, je me fis statue.

Elle s’empressa de se mettre debout, de prendre son pyjama et sa trousse de toilette, se dirigea dans la salle de bain où elle s’enferma. Mais une porte fermée n’était pas suffisant pour s’isoler avec mon ouïe. Ainsi, je pus l’entendre se laver les dents, d’un geste rapide qui me fit sourire. Elle se dépêchait pour me rejoindre. Elle prit sa douche, plus lentement que je l’aurais crue, puis se sécha avec plus d’empressement que nécessaire. Je l’entendis enfiler son pyjama, le frottement du tissu sur sa peau était un doux murmure pour mon oreille. J’entendis ensuite la brosse démêler ses magnifiques cheveux, je pouvais sentir d’ici leur parfum unique, masqué sous l’odeur de fraise du shampoing. Elle rangea toutes ses affaires de toilette, je m’attendais à la voir débouler la chambre et me sauter au cou… mais au lieu de sa, elle descendit au rez-de-chaussée d’un pas précipité. Que faisait-elle ?

—– - Bonne nuit, papa, dit-elle innocemment.
—– - Bonne nuit, Bella, répondit Charlie suspicieux. Pourquoi vient-elle me dire bonne nuit ainsi ? À cette heure surtout, d’habitude elle traine toujours un peu avant d’aller ce coucher.

Je ne pus en saisir d’avantage, ses pensées étaient trop floues. J’entendais les pas de Bella qui remontait en vitesse les marches, et apparus dans la chambre à mon plus grand bonheur. A sa vue je souris de plaisir. Elle portait en guise de pyjama un T-shirt et un pantalon de survêtement gris. Ces vêtements amples étaient exactement ce qui me fallait, ainsi, je ne voyais pas trop sa chair exquise. Ses cheveux en désordre et humide lui donnait l’allure d’une nageuse. Difficile de résister à son charme.

—– - Très jolie, commentai-je.

Pour toute réponse, elle m’adressa une grimace. Elle ne me croyait pas. Une fois de plus, elle sous-estimait l’effet qu’elle produisait en moi.

—– - Non, vraiment, ça te va très bien, insistai-je.
—– - Merci, finit-elle par admettre. Elle vient ensuite s’asseoir près de moi en tailleur.
—– - Pourquoi ce manège ? Lui demandai-je, voyant qu’elle ne semblait pas sur le point de me l’expliquer d’elle-même.
—– - Je soupçonne Charlie de croire que je vais m’éclipser en douce.
—– - Oh. Pourquoi ? Je ne me rappelais pas avoir entendu de telles pensées dans l’esprit de Charlie.
—– - Apparemment, il m’a trouvée un peu surexcitée.
—– - En fait, tu es toute rose, lui dis-je en lui prenant le menton dans ma paume.

Ses joues roses étaient un appel pour le vampire que j’étais. Mais ce n’était pas l’appel du sang qui me dominait, c’était plutôt un désir encore inconnu pour moi, un désir qui était plus proche de l’humain que du vampire… comment était-ce possible ? Je m’approchais alors de son visage, et collai ma joue glacée contre la sienne, agréablement chaude. Je la sentie se raidir. Elle voulait être parfaitement immobile pour me faciliter la tâche… elle était vraiment adorable.

—– - Mmm, soupirai-je d’aise. Et son cœur s’accéléra doucement.
—– - Ça semble… beaucoup plus facile pour toi, maintenant, d’être en ma compagnie.
—– - C’est l’impression que je te donne ? Murmurai-je en glissant mon nez le long de sa mâchoire, histoire de la déstabiliser un peu plus.

Malheureusement, ses certitudes n’étaient qu’une impression, certes je m’habituais à son odeur, ce qui me permettait de mieux y résister, mais la brulure lancinante de ma gorge n’était pas moins intense pour autant. Seule ma concentration me permettait en quelque sorte de passer outre la douleur. Son parfum floral m’aurait fait frémir de plaisir si je ne contrôlais pas le moindre de mes soupires.

—– - Beaucoup, beaucoup plus facile, précisa-t-elle haletante.
—– - Mmm… Son souffle court éveilla de drôle de sensation dans le creux de mon estomac… des sensations oubliées… mais loin d’être désagréables… elle me faisait renaitre.
—– - Je me demandais… elle s’interrompit lorsque mes doigts glissèrent le long de sa clavicule, douce et fragile.
—– - Oui, dis-je dans un souffle pour l’encourager à poursuivre.
—– - Comment… ça se fait… à ton avis ?

Je ris dans son cou face à son incompréhension, il était normal qu’elle se pose la question… moi-même je me la posais… et la seule réponse possible était ma détermination à la garder en vie.

—– - On appelle ça la victoire de la raison sur la chair.

Soudain, elle recula et par instinct, je me figeais. Nous nous contemplâmes prudemment un moment, puis je me détendis, apparemment, il n’y avait aucun danger, aucune tension. Pourquoi avait-elle réagit ainsi ?

—– - Aurais-je mal agi ?
—– - Non… au contraire. Tu me rends folle.

Ainsi, je la rendais folle, voila qui était intéressant. Elle venait sans doute de saisir le sens de mon aveu. Si je peux contrôler mes instincts et mes pulsions à son contacte, nous pouvons donc nous voir plus souvent sans que le danger soit trop important. J’étais désormais sûr que je saurais partir avant de lui faire du mal. Partir temporairement bien entendu.

—– - Vraiment ? Lui répondis-je finalement d’un air enjoué, accompagné d’un sourire triomphant.
—– - Tu veux que je t’applaudisse ? Persifla-t-elle.
—– - Je suis agréablement surpris, c’est tout, me justifiai-je. En cent et quelques années, je n’aurais jamais imaginé quelque chose comme ça… rencontrer une personne avec laquelle j’aurais envie de me comporter… différemment d’avec mes frères et sœurs. Et découvrir, même si tout cela est encore nouveau pour moi, que je ne suis pas si nul… avec toi…
—– - Tu excelle dans tous les domaines.

Son cœur ne démentait pas ses dires, je l’admis donc d’un haussement d’épaule, et nous rîmes sans bruit.

—– - Comment ça peut être déjà si aisé ? Persista-t-elle. Cet après-midi…
—– - Ça ne l’est pas. C’est juste que, tout à l’heure, j’étais…indécis. Désolé, je suis impardonnable de m’être comporter ainsi.
—– - Pardonné.
—– - Merci. Vois-tu, je n’étais pas sûr d’être assez fort. Et tant que subsistait la possibilité que je sois… dépassé, je suis resté… sur mes gardes. Jusqu’à ce que j’aie décidé que j’en étais capable, qu’il était impossible que… que jamais je ne…

Je ne pus finir ma phrase tellement les mots étaient dur à prononcer. Elle le comprit.

—– - Donc, il n’y a plus de risque ?
—– - La victoire de la raison sur la chair, répétai-je fièrement, en souriant de manière à ce que mes dents brillent dans le noir.
—– - Dis donc, c’était drôlement facile.

Je rejetai la tête en arrière et m’esclaffai en silence pour ne pas alarmer son père, mais ce fus de justesse. C’était vraiment loin d’être facile. Elle se fiait beaucoup trop aux apparences me concernant. Elle devrait être plus méfiante.

—– - Parle pour toi ! Rectifiai-je en effleurant son nez du bout de mes doigts. Je venais de remarquer que je ne pouvais plus prononcer une parole sans la toucher. Je repris alors mon sérieux. Je fais des efforts, continuai-je. Si ça devait devenir… trop dur, je suis presque sûr que j’arriverais à partir.

Elle fronça les sourcils, apparemment contrariée par cette possibilité. C’est bien ce que je craignais… elle était beaucoup trop confiante. Je voulais essayer de lui ouvrir les yeux, en vain.

—– - Et demain ne sera pas aussi aisé, continuai-je tant bien que mal. J’ai respiré ton odeur toute la journée, et j’y suis devenu moins sensible. Que je m’éloigne de toi pendant un moment et je devrais recommencer. Mais pas à zéro, me semble-t-il.
—– - Alors ne t’éloigne pas, répondit-elle simplement. Je m’en voulais de ressentir autant de plaisir à ces paroles. Je lui répondis alors sur le ton de la plaisanterie pour lui cacher mes véritables sentiments.
—– - D’accord ! Qu’on amène les fers, je serais ton prisonnier. Mais là encore, l’idée ne m’aurait pas déplu.

Je pris ses poignets dans mes mains fermement, en réalité, c’était elle qui était prisonnière de moi, de mon charme surnaturel. Et je ris une fois de plus devant son étonnement. Je n’avais sûrement jamais tant ris en une journée depuis que j’étais devenu vampire. Je n’avais même jamais tant ris !

Troisième partie

—– - Tu as l’air plus… optimiste que d’habitude.
—– - N’est-il pas censé en être ainsi ? Le bonheur des premières amours et tout le toutim. Incroyable, n’est-ce pas, cette différence entre lire quelque chose, le voir en peinture et l’expérimenter ?
—– - Très. Le vivre est plus puissant que je ne l’aurais imaginé.
—– - La jalousie, par exemple. J’ai lu des dizaines de milliers de page là-dessus, j’ai vu des acteurs la jouer dans des milliers de pièces et de films. Je croyais l’avoir plutôt bien comprise. Pourtant, elle m’a déstabilisé. Te souviens-tu du jour où Mike t’a invité au bal ?

Ce souvenir me fit grimacer. Vraiment je ne supportais pas ce gars. La façon qu’il avait de regarder Bella, de penser à elle me dégoutait. L’idée même qu’ils pourraient passer du temps ensemble me répugnait. J’étais certes très égoïste, mais je ne contrôlais pas cette partie de moi. Pourtant, il fallait que je me fasse une raison, un jour ou l’autre, Bella aimera un garçon comme Mike Newton, et elle se mariera avec lui. Tout ce que je ne peux lui offrir me torture… mais c’est le prix à payer pour vivre l’éternité.
Mes pensées allaient très vite, je parlais également très vite, mais cela ne sembla pas la déranger. Son regard était captivé par mon flot de parole, et j’en étais flatté… ou peut-être n’était-ce que de la concentration pour me suivre…

—– - Celui où tu as recommencé à m’adresser la parole.

Bien sur qu’elle se souvenait de ce jour… son addiction à moi était déjà malheureusement bien ancré en elle. Une part de moi était au paradis à cette pensée.

—– - J’ai été déconcerté par l’élan de colère, de furie presque, que j’ai ressenti et, d’abord, je ne l’ai pas identifié pour ce que c’était. J’ai été encore plus exaspéré que d’ordinaire de ne pas savoir ce que tu pensais ni pourquoi tu l’éconduisais. Etait-ce pour préserver ton amitié avec Jessica ? Ou parce qu’il y avait quelqu’un d’autre ? Je savais que, dans un cas comme dans l’autre, je n’avais aucun droit de m’en inquiéter, et j’ai vraiment essayé de rester indifférent. Puis il y a eu l’embouteillage.

Elle profita de l’obscurité pour me lancer un regard noir à l’évocation de se mauvais souvenir. Cet incident aurai certes pu nous séparer à jamais, et montrer ma vraie nature à tous les humains en mettant en même temps ma famille en danger, mais il m’a également permis de prendre conscience que Bella était quelqu’un de particulier pour moi.

—– - J’ai attendu, anxieux plus que de raison, d’entendre ce que tu allais leur dire, de voir tes réactions. J’admets que j’ai été très soulagé en constatant ton agacement. Pourtant, ça ne suffisait pas. Alors, cette nuit-là, pour la première fois, je suis venu ici. Pendant que tu dormais, je me suis débattu pour résoudre le conflit entre ce que je savais être bien, moral, et ce que je voulais. J’avais conscience que si je continuais à t’ignorer ou que si je m’en allais pour quelques années, jusqu’à ce que tu sois partie, tu finirais par dire oui à Mike ou à un type comme lui. Ça rendait malade et c’est là que, dans ton sommeil, tu as prononcé mon nom. Si clairement d’abord que j’ai cru t’avoir réveillée. Mais tu t’es retournée dans ton lit, l’as marmonné une deuxième fois, puis tu as soupiré. Dans un premier temps, j’en ai été ébranlé, ahuri. Puis j’ai compris que je ne pouvais te fuir plus longtemps.

Quatrième partie

Je m’interrompis un instant, pour lui laisser le temps d’assimiler ce que je venais de lui dire. Cette confession était douloureuse pour moi, mais elle était nécessaire pour nous deux. Elle me faisait part de ces pensées, il était juste qu’à mon tour je fasse de même. Cependant, ce mettre à nu ainsi devant celle que l’on aime n’est pas facile, et je sentais une angoisse irrationnelle s’emparer de moi. J’écoutais alors les battements de son cœur, comme si ma vie en dépendait. Je me concentrais dessus avec une telle force, que les battements irrégulier me perçaient presque les tympans. Puis, mes peurs s’envolèrent et je continuais mon récit.

—– - La jalousie, est une chose étrange. Bien plus puissante que je ne le pensais. Et tellement irrationnelle ! Tiens, à l’instant, quand Charlie t’a questionnée sur l’exécrable Mike Newton…

Prononcer son nom suffisait à me dégouter…

—– - J’aurais du me douter que tu nous espionnerais, grogna-t-elle.
—– - Comment voulais-tu qu’il en aille autrement !
—– - Pourtant ça te rend jaloux.
—– - C’est si nouveau. Tu es en train de réveiller l’humain qui est en moi, et tout paraît plus violent parce que neuf.
—– - Franchement, se moqua-t-elle, que devrais-je dire, moi, après avoir entendu que Rosalie, la beauté incarnée, t’était destinée ? Emmett ou pas, comment suis-je censée rivaliser avec elle ?
—– - Il n’y a pas de rivalité qui tienne.

Pourquoi était-elle toujours entrain de se sous-estimer ? Je la pris dans mes bras, pour qu’elle comprenne qu’a mes yeux, elle était la plus belle personne au monde. Elle était tout ce que je désirais. Et aucune Rosalie, aussi belle soit-elle, ne pouvait rivaliser avec le charme de ma Bella.

—– - Je sais, c’est bien ça le problème, marmonna-t-elle.
—– - Rosalie est belle, certes, mais même si elle n’était pas ma sœur ou la compagne d’Emmett, elle n’atteindrait jamais le dixième, non le centième de l’attirance que tu exerce sur moi. Pendant presque un siècle, j’ai fréquenté mon espèce et la tienne en croyant que je me suffisais à moi-même, sans me rendre compte de ce que je cherchais. Et sans rien trouver, parce que tu n’étais pas encore née.
—– - Ça paraît tellement injuste. Moi, je n’ai pas eu à attendre. Pourquoi est-ce si simple, pour moi ?
—– - Ce n’est pas faux, plaisantai-je, il faudrait vraiment que je te complique un peu les choses.

Je pris ses deux petites mains chaudes dans ma main glacée et je lui caressai les cheveux de mon autre main, ils étaient doux et soyeux. Je ne me lassais pas de leur texture, de leur parfum. Elle était tellement hypnotisée par moi qu’elle ne se rendait pas compte du danger permanent que j’étais pour elle. A cet instant, j’aurais pu lui briser la nuque sans effort. Elle pensait que les choses étaient simples et naturelles pour elle. Mais c’était tout le contraire.

—– - Tu n’as qu’a risquer ta vie à chaque seconde passée avec moi, lui fis-je remarquer, ce n’est pas grand-chose, n’est-ce pas ? Tu as juste à tourner le dos à ta nature, à ton humanité… c’est si peu payer, bien sûr.
—– - Très peu. Je ne me sens privée de rien.
—– - Pas encore.

Elle ne se sentait privée de rien, car elle n’était pas privée de son humanité. Contrairement à la vision d’Alice qui prédisait qu’elle serait un jour un vampire. Cette éventualité m’aurait donné les larmes aux yeux si seulement cela était possible. Et pour couronner le tout, je n’avais même pas été capable de dissimuler la tristesse dans ma voix, et Bella essayait de voir mon visage. Je préférais cependant la serrer contre moi plutôt qu’elle remarque mon désarroi.

—– - Que…, tenta-t-elle.

—– - Le comportement de Bella était étrange… je me demande…essaye-t-elle de me cacher quelque chose ?…

Je venais de percevoir quelques bribes des pensées de Charlie. Je l’entendais bouger dans le salon. Ses pas se dirigeaient vers l’escalier, mais ils étaient trop rapide pour laissé penser qu’il allait se coucher. Et d’après ce que je venais de comprendre, il avait l’intention de venir voir si Bella dormait réellement ou si elle avait fait le mur. Je relâchais alors Bella précipitamment, et je m’éclipsais sans bruit par la fenêtre que Bella avait laissé ouverte, en restant accroché au volet. Bella n’avait pas compris ce qu’il venait de ce passer dans ma tête.

—– - Couche-toi, lui sifflai-je.

Comprenant enfin, elle m’obéit sans mot dire, et se précipita sous la couette, et fis mine de dormir en se tournant sur le flanc. Charlie passa la tête par la porte pour s’assurer qu’elle était bien là. Bella essayait d’avoir une respiration calme et posée… en vain, sa respiration était beaucoup trop rapide pour faire croire qu’elle était un train de dormir paisiblement. Heureusement pour elle, son père n’avait pas une ouïe aussi développée que la mienne.

—– - Elle disait la vérité… pourtant elle ne semblait pas si fatiguée tout à l’heure… je me suis trompé…

Les pensées de Charlie étaient vraiment dures à décrypter. Mais heureusement, pas aussi dures que celles de sa fille. Dès qu’il eu refermé la porte, je sortie de ma cachette pour enlacer Bella qui n’avait pas osé bouger une oreille. Décidément, sa respiration était beaucoup trop contrôlée pour paraitre naturelle. Je lui fis une baisé sur l’oreille pour qu’elle se retourne.

—– - Tu es une très mauvaise actrice, raillai-je. Autant te prévenir, cette carrière n’est pas pour toi.
—– - Quel dommage !

Les battements de son cœur s’étaient accélérés, ce qui signifiait une montée d’adrénaline. Et même si j’aurais préféré passer la nuit à discuter avec elle, il était nécessaire qu’elle dorme pour être en forme demain. Je me mis alors à fredonner sa berceuse…

—– - Veux-tu que je chante pendant que tu t’endors ?
—– - Ben voyons ! Comme si j’allais réussir à dormir pendant que tu es ici !
—– - Ce serait loin d’être une première.
—– - Je ne savais pas !
—– - Puisque tu ne veux pas dormir…

Après tout, je n’y tenais pas plus que ça. Ça me permettait justement de passer encore plus de temps avec elle éveillée. J’avais laissé ma phrase en suspend, et elle avait cessé de respirer. Elle était incorrigible ! Elle ne ménageait vraiment pas son cœur, avec toutes les émotions qu’elle lui infligeait… certes, j’étais responsable de la plupart, mais je ne me sentais pas coupable pour autant.

—– - Oui ? demanda-t-elle impatiente et nerveuse.
—– - Que veux-tu faire ?
—– - Je n’en sais rien. Répondit-elle, prise de court.
—– - Tiens-moi au courant quand tu auras décidé.

Moi, par contre, je savais très bien ce dont j’avais envie. Je respirais avidement son parfum, je fis glisser mon nez le long de son cou, puis me dirigeais le long de son menton… la brulure qui me tiraillait la gorge était maintenant lointaine. Je n’étais plus le même vampire que celui qui était partit ce matin en randonnée avec elle. Elle m’avait transformé.

—– - Je croyais que tu étais insensibilisé ?
—– - Ce n’est pas parce que je résiste au vin que je n’ai pas le droit d’en humer le bouquet. Tu as une odeur très florale, un mélange de lavande et de… freesia. Très appétissant.
—– - C’est ça. On me le dit tous les jours !

Je ris face à son indifférence. Elle était une bouffée de fraicheur pour ma triste vie. Je ne pourrais plus jamais me passer d’elle !

—– - J’ai décidé, reprit-elle. Je veux en savoir plus sur toi.
—– - Je t’en prie, pose-moi une question.

Sa curiosité me gênait beaucoup à présent. Elle réfléchit un moment. Comme si son choix était décisif, et qu’elle n’avait droit qu’à une seule question. Son front se plissa légèrement, faisant apparaître cette petite ride entre ses sourcils qui me fascinaient.

—– - Pourquoi avez-vous choisis ce mode de vie ? Que vous fournissiez autant d’effort pour combattre votre nature me dépasse. Attention, ça ne signifie pas que j’en suis mécontente, au contraire. Simplement, je ne vois pas pourquoi vous vous embêtez.

Cette question était surprenante, surtout venant d’une humaine. Mais Bella était une surprise perpétuelle. Je pris tout de même le temps de la réflexion pour y répondre. Je ne voulais pas être un monstre comme autrefois.

—– - C’est une bonne question, et tu n’es pas la première à me la poser. Ceux de notre espèce qui sont satisfaits de leur sort s’interrogent aussi. Mais ce n’est pas parce que nous avons été… façonnés selon un certain modèle que nous n’avons pas le droit de désirer nous élever, dépasser les frontières d’un destin qu’aucun de nous n’a voulu, essayer de retenir un maximum de notre humanité perdue.

Bella resta parfaitement immobile, elle ne répondit pas, et les battements de son cœur s’étaient apaisés.

—– - Tu dors ? Chuchotai-je au bout de quelques minutes.
—– -Non.
—– - C’est tout ce que tu voulais savoir ?
—– - Rêve !
—– - Quoi d’autre, alors ?
—– - Pourquoi peux-tu lire les pensées des autres, toi seulement ? Et Alice prévoir le futur ?
—– - Nous l’ignorons. Carlisle a une hypothèse… il croit que tous nous apportons nos caractéristiques humaines les plus fortes dans notre seconde vie, où elles s’amplifient, à l’instar de notre esprit et de nos sens. D’après lui, je dois avoir été très sensible aux gens qui m’entouraient. Et Alice aurait eu un don de prémonition.
—– - Qu’a-t-il apporté, lui ? Et les autres ?
—– - Carlisle, sa compassion. Esmée, son aptitude à aimer passionnément, Emmett, sa force, Rosalie, sa… ténacité. A moins que tu appelles ça de l’obstination, précisai-je en riant. Jasper est très intéressant. Il était plutôt charismatique, dans sa première vie, capable d’influencer ses proches pour qu’ils voient les choses à sa façon. Aujourd’hui, il arrive à manipuler les émotions des gens alentour. Il calme une pièce de gens en colère par exemple ou, a l’inverse, stimule une foule léthargique. C’est un don très subtil.

Je lui laissais le temps nécessaire pour qu’elle puisse assimiler tranquillement cette information sans qu’elle ne l’effraie. Elle avait l’air de plutôt bien prendre les choses. D’ailleurs, elle ne tarda pas à me poser une autre question.

—– -Où tout a commencé ? Carlisle t’a transformé, mais quelqu’un doit s’être occupé de lui avant ça, et ainsi de suite.
—– - Et toi, d’où viens-tu ? Evolution ? Création ? Serait-il impossible que nous ayons évolué comme les autres espèces, prédateurs et proies ? Ou si tu doutes que ce monde a surgi de lui-même, ce qu’il m’est difficile d’accepter moi aussi, est-il si dur de croire que la même force qui a créé le délicat ange de mer et le requin, le bébé phoque et la baleine tueuse ait créé nos deux espèces en parallèle ?
—– - Soyons clairs : je suis le bébé phoque, c’est ça ?
—– - Oui !

Dernière partie

Je ne pus m’empêcher de rire encore une fois. Cet instant était magique, nous étions tous les deux heureux, elle d’être dans mes bras, et moi d’être près d’elle sans lutter pour ne pas la tuer. Je lui déposais alors un furtif baiser dans les cheveux, certain qu’elle ne le sentirait pas.

—– - Tu es prête à dormir ou tu as d’autres questions ?
—– - Juste un ou deux millions.
—– - Nous avons demain, après demain et tous les jours qui suivront…
—– - Es tu certain que tu ne seras pas évanoui au matin ? Tu es un être mythique après tout.
—– - Je ne te quitterai pas.

Non, je ne la quitterai pas, pour la simple et bonne raison que j’en étais complètement incapable.

—– - Juste une dernière, alors…

Cependant, elle ne termina pas sa demande, et sa peau s’enflamma. Elle rougissait…

—– - Quoi ? L’encourageai-je
—– - Oublie. J’ai changé d’avis.
—– - Bella, tu peux demander ce que tu veux.

Elle ne répondit pas, et son silence commençait vraiment à m’agacer. Ne pas pouvoir lire en elle était un supplice.

—– - Je ne cesse d’espérer que de ne pas lire tes pensées finira par être moins frustrant, gémis-je, mais c’est de pis en pis.
—– - Je suis bien contente que tu n’y arrives pas. C’est déjà assez pénible que tu m’espionnes quand je divague en dormant.
—– - S’il te plaît… la suppliai-je en étant le plus persuasif possible.

Elle refusa de me faire partager ses pensées. Que me cachait-elle. Qu’est ce qui pourrait être si embarrassant qu’elle ne pourrait me dire. Je ne voulais pas qu’elle ait honte de ses idées, ou qu’elle s’en sente gênée. Je voulais qu’elle me fasse confiance en me faisant partager justement ce genre de chose. Jamais je ne me moquerais d’elle à ce sujet.

—– - Si tu te tais, j’en serais réduit à supposer que c’est encore pire que ça ne l’est. Je t’en prie.
—– - Eh bien… commença-t-elle par céder.
—– - Oui ?
—– - Tu as dit que Rosalie et Emmett se marieraient bientôt. Est-ce que… ce mariage… représente la même chose que pour les humains ?

J’éclatais de rire, rassuré. Ainsi donc, c’est l’idée d’un mariage entre vampire qui la mettait si mal à l’aise. Avait-elle craint que je prenne mal le fait qu’elle veuille savoir si les vampires étaient capables de traditions comme le faisaient les humains ?

—– - C’est donc ça que tu as en tête ?

Elle se tortilla, gênée.

—– - Oui, je suppose que c’est l’équivalent. Encore une fois, la plupart de ces désirs humains sont en nous, seulement cachés par des désirs plus puissants.
—– - Oh.
—– - Ta curiosité avait-elle un but précis ? Demandai-je innocent
—– - Je me demandais juste… à propos de toi et moi… un jour…

Je n’avais pas envisagé cette éventualité. Ainsi sa vraie question n’était pas sur le mariage entre vampire mais plutôt sur le mariage entre un vampire et une humaine. Entre elle et moi. C’était tout simplement inenvisageable. La seule façon pour nous d’avoir un avenir dans le mariage serait de la transformer. Et ça je ne le permettrais jamais. Je serais présent à ces côtés tout au long de sa vie, tant qu’elle voudra de moi. Mais je ne pourrais pas faire plus. Ce serait beaucoup trop dangereux pour elle.

—– - Je ne crois pas que ce… que ça serait possible pour nous.
—– - Parce que… cette intimité serait trop difficile à supporter pour toi ?
—– - Sans doute. Mais ce n’est pas ce à quoi je pensais. Tu es si douce, si fragile. Je dois sans arrêt veiller à mes actes pour ne pas te faire du mal. Je pourrais te tuer si facilement, Bella, par accident.

Je voulais qu’elle comprenne mes réelles motivations. Elle devait comprendre, que mon refus était indépendant de ma volonté. Je pris sa joue dans ma paume, elle était tellement chaude qu’elle me brulait presque.

—– - Si je me précipitais, ou si, le temps d’une seconde, mon attention se relâchait, je pourrais, en touchant ton visage, t’écraser le cerveau par mégarde. Tu ne réalises pas à quel point tu es susceptible d’être brisée. Jamais au grand jamais je n’aurais le droit de perdre le contrôle en ta présence.

Elle ne répondit pas, ne réagit pas, elle resta immobile, les yeux fixés. Avait-elle enfin compris toute l’ampleur de ce que je représentais ? Lui avais-je enfin ouvert les yeux sur le danger qu’elle encoure à chaque seconde passée avec moi ? Etait-elle effrayée au point de ne pas me répondre ? me répondrait-elle encore un jour ? Un jour, elle réalisera qu’elle n’a rien a faire avec quelqu’un comme moi, un vampire, que je ne lui apporte rien de bon, et ce jour-là, je la perdrais pour de bon. Ce jour était-il déjà arrivé ?

—– - Je te fais peur ? Demandai-je, n’y tenant plus de ce silence.
—– - Non, pas du tout.

Le soulagement éteignit mon angoisse naissante. Ces questions sur le mariage avaient éveillé ma curiosité sur un autre point. C’est donc un peu plus léger que je repris.

—– - Tu as éveillé ma curiosité. As-tu déjà…
—– - Bien sûr que non ! protesta-t-elle en s’empourprant de plus belle. Je t’ai dit que je n’avais jamais éprouvé ça pour personne, même de loin.
—– - Je sais, mais je connais les pensées des autres. L’amour et le désir ne vont pas toujours ensemble.
—– - Pour moi, si. Enfin, maintenant qu’ils sont entrés dans ma vie, soupira-t-elle.
—– - Très bien. Nous avons au moins une chose en commun.
—– - Tes instincts humains… Et zut ! Est-ce que tu me trouves un tout petit peu attirante de ce point de vue-là ?
—– - Je ne suis peut-être pas un humain, mais je suis un homme. Lui assurai-je en lui ébouriffant les cheveux.

Elle bailla, ce qui trahissait sa fatigue. Je ne voulais pas qu’elle lutte contre son envie de dormir pour converser avec moi.

—– - J’ai répondu à tes questions. Maintenant, tu devrais dormir.
—– - Je ne suis pas certaine d’y arriver.
—– - Tu veux que je m’en aille ?
—– - Non !

Je n’en avais aucune intention de toute manière… pour l’aider à dormir, je lui fredonnais sa berceuse. Elle avait l’air de l’apprécier. Et elle ne tarda pas à sombrer dans le sommeil.



Midnight sun (chapitre 15)

Chapitre 15 : La raison et la chair

 La raison et la chair

—– J’étais sur le pas de sa porte, je l’entendais se brosser les dents à l’étage. J’attendis qu’elle ait fini pour frapper un petit coup discret mais assez fort pour qu’elle l’entende. Dès qu’elle l’eu entendu, son cœur s’emballa. Je commençais à m’habituer aux ratés de son cœur en ma présence, mais cela m’inquiétait tout de même.

Elle vint m’ouvrir en dévalant l’escalier, et se débattit avec le verrou. Son empressement trahissait sa nervosité. Je l’étais également mais pour d’autres raisons. Elle m’accueillit avec un grand sourire, insouciante du danger que je représente. C’est comme si les trois petits cochons avaient laissés le loup entrer dans leur maison de brique. Incompréhensible.

En la détaillant de plus près, je m’aperçu que nous étions habillés à l’identique, une chemise, un gilet marron clair et un jean. Ce détail me surpris et me fis rire. Il était amusant de voir que nous avions choisit la même tenu pour une journée qui était important autant pour moi que pour elle.

—– - Bonjour ! Lançais-je joyeusement.
—– - Qu’est qui cloche ? demanda-t-elle, n’ayant rien remarqué. Elle s’examina sous toutes les coutures, cherchant le détail qui m’avait amusé.
—– - Nous sommes habillés pareil ! M’esclaffais-je.

Elle m’examina alors en constatant que j’avais raison. Son rire vient alors se joindre au mien. Elle ferma ensuite la porte, et je m’approchais de la camionnette du côté passager. Je n’avais pas oublié notre accord, cela me déprimais. D’ailleurs, cet accord était mon idée ; ce jour là, elle était en colère contre moi parce que je n’avais pas pu m’empêcher de l’espionner. Je ne supportais pas l’idée qu’elle soit fâchée après moi, je voulais qu’elle me pardonne, mais je ne pouvais lui promettre de ne plus recommencer sans lui mentir, et c’était le seul compromis qui paraissait acceptable à ses yeux.

—– - On a passé un accord, me rappela-t-elle inutilement, tout en s’installant triomphalement derrière le volant. Où va-t-on ? S’enquis-t-elle ensuite en ouvrant ma portière de l’intérieure.
—– - Mets ta ceinture, j’ai déjà la frousse. Pourtant je n’étais pas d’un naturel froussard, mais avec elle au volant, il fallait s’attendre à toutes les catastrophes possibles. Non pas que j’étais macho, je n’adhérais pas à l’idée que ce faisait les hommes des femmes au volant, mais avec Bella, s’était différent. Mettez un aimant à danger dans une voiture et voyez le résultat ! J’en frissonnais !

Aussi surprenant que cela pouvait paraitre, elle m’obéit, non sans me gratifier d’un regard mauvais. Je notais qu’elle prenait vite la mouche, d’autant plus lorsque la réflexion venait de moi. Je profitais alors de sa soudaine docilité.

—– - Prends la 101 en direction du nord, lui ordonnais-je.

Elle prit la direction que je lui avais indiquée en roulant très prudemment. Je la couvais du regard tout le temps qu’elle traversa la ville. Je profitais qu’elle était concentrée sur la route pour l’observée. Je remarquais alors qu’elle était nerveuse. En effet elle avait battu le record de lenteur. Apparemment, elle n’avait pas assimilé le fait que rouler trop lentement est aussi dangereux que rouler trop vite.

J’attendis alors patiemment qu’elle daigne accélérée, mais au bout d’un moment cela commençait vraiment à me taper sur les nerfs. Or, je voulais tout faire pour éviter d’avoir des sauts d’humeur. La vision d’Alice ne pouvait pas se réaliser pour quelque chose d’aussi stupide !

—– - Tu as l’intention de quitter Forks avant la nuit ? L’apostrophais-je.
—– - Cette bagnole est assez vieille pour avoir appartenu à ton grand père. Un peu de respect !

Mon grand-père ?? Elle exagérait beaucoup là ! Sa camionnette était antique certes, mais pas à ce point tout de même. Mon véritable grand-père était né en 1850 !

Nous arrivâmes enfin à la lisière de la forêt. Je vis ses yeux chercher une route pour continuer, je lui indiquais alors le chemin.

—– - Tourne à droite sur la 110.

Elle resta silencieuse, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Elle semblait un peu déboussolée par l’endroit, et elle redoubla de concentration. Elle ne croisa pas mon regard une seule fois de tout le trajet. Ce qui était sans doute mieux, vu l’effet que cela lui faisait à chaque fois !

—– - Maintenant on continue jusqu’à ce que la chaussée disparaisse.

Je réprimais mon rire, je ne voulais pas la déconcentré pour qu’elle m’en veuille après.

—– - Et qu’y a-t-il après la chaussée ?

Haha ! Finalement elle n’avait pas pu résister plus longtemps, la curiosité l’emportait sur la prudence muette qu’elle s’était imposée depuis qu’elle avait mis le contacte. Ce qui n’était pas pour me déplaire.

—– - Un sentier.
—– - On part en balade ?
—– - Ça te pose un problème ?

Cette question me déchira en deux. D’une part j’étais impatient de lui montrer l’endroit que j’aimais tant et de pouvoir passer du temps seul avec elle là-bas, mais en même temps, je redoutais de voir s’accomplir la vision d’Alice…

—– - Non, dit-elle avec trop d’assurance pour que cela soit sans arrière pensée. Peut-être appréhendait-elle cette journée autant que moi. Ou alors, elle n’aimait pas les balades, dans ce cas j’essayais de la rassurer.
—– - Détends-toi, rien qu’une petite dizaine de kilomètres, et nous ne sommes pas pressés.

Ses yeux s’écarquillèrent, comme sous le choc ? Elle ne répondit pas, une dizaine de borne, ça n’était pas si terrible. Que redoutait-elle ? Cette fois encore le silence de ses pensées me frustra au plus haut point. Vraiment, je ne m’habituerais jamais à ça ! pourquoi ne me faisait-elle pas part de ces pensées ? Elle pouvait me faire confiance. Au bout d’un long moment de silence, je n’y tenais plus.

—– - A quoi penses-tu ? M’impatientais-je.
—– - Je me demandais juste où nous allions, me répondit-elle sans vraiment en être convaincue. Elle était vraiment mauvaise comédienne, ce qui était plutôt à mon avantage. Si je ne pouvais entendre ses pensées, je pouvais au moins interpréter ses réponses.
—– - C’est un endroit où j’aime me rendre quand il fait beau.

Et justement Alice avait prédit une belle journée. D’un même mouvement, nous jetâmes un coup d’œil sur les nuages qui s’effilochaient.

—– - Charlie m’a assuré que la journée serait chaude.
—– - Lui as-tu avoué ce que tu manigançais ? Je croisais les doigts pour qu’elle l’ait fait…
—– - Non.
—– - Jessica croit toujours que nous allons ensemble à Seattle, au moins ? Il fallait qu’au moins une personne sache qu’elle se trouvait avec moi, il devait y avoir un témoin, il fallait qu’il y ait au moins une personne capable d’identifier la dernière personne ayant vu Bella si jamais il lui arrivait quoi que ce soit aujourd’hui. Il était dur pour moi d’imaginer que Jessica, qui avait le don de me taper sur les nerfs avec ses monologues égocentriques, allait être mon garde-fou pour la journée.
—– - Non plus, je lui ai raconté que tu avais annulé, ce qui est vrai d’ailleurs. Dit-elle d’un air satisfait qui m’exaspéra. Tous mes espoirs pour la garder en vie s’envolèrent.
—– - Alors, personne ne sait que tu es avec moi ? Je sentais la colère monter, mais je luttais contre. La vision d’Alice ne se réalisera pas me répétai-je pour m’en convaincre.
—– - Pas forcément… car j’imagine que tu as prévenu Alice ?
—– - Bravo, Bella ! J’ai vraiment l’impression d’être soutenu ! Es-tu si déprimée par Forks que tu veuille te suicider ? M’emportai-je malgré moi. Je ne la comprendrais jamais ! Pourquoi avait-elle dit à Jess qu’on ne passait plus la journée ensemble.
—– - Je croyais que ça risquait de t’attirer des ennuis… qu’on nous voie ensemble. Risqua-t-elle timidement. Elle voyait que j’étais réellement en colère, mais n’en comprenais pas la raison.
—– - Tu t’inquiètes des soucis que je pourrais avoir si toi, tu ne rentrais pas chez toi ? C’est le bouquet !

Elle acquiesça, sans pour autant oser me regarder dans les yeux.

Mais que lui était-il passé par la tête ? Elle savait que j’étais un vampire, elle savait également que son sang avait une odeur particulièrement irrésistible pour moi, et que j’avais tendance à me laisser dominer par mes instincts.

La vision d’Alice me revint en tête, elle était tellement clair que j’avais l’impression qu’il s’agissait d’une nouvelle vision et qu’Alice se trouvait dans les parages. Mais c’était impossible. D’ailleurs, elle n’avait pas évoluée, c’était bien celle que j’avais lu dans l’esprit de ma sœur quelques heures plus tôt.

Les soucis que je pouvais avoir en étant trop souvent vu en sa compagnie n’étaient rien, rien du tout même, par rapport au fait qu’il lui arrive quelque chose aujourd’hui par ma faute.

Je passais le reste de la route à réfléchir à voix haute sur l’inconscience de Bella, mais trop vite pour qu’elle ne puisse comprendre un traitre mot de ce que je disais. J’essayer de trouver une solution que cette journée ne finisse pas en drame, et en même, je cherchais quel pouvais être cette fameuse décision que je devais prendre.

Nous arrivâmes enfin au bord du sentier. Dieu que sa camionnette pouvait être lente ! Elle se gara sur le bas-côté, et bondis de voiture. Pour la première fois, elle s’emblait effrayée. Ma colère semblait l’effrayer plus que ma nature meurtrière, incompréhensible ! Je sortis à mon tour, après avoir ôté mon gilet, qui m’était complètement inutile. Bella avait fait de même, laissant apparaitre ses ravissantes épaules. A la vue de ses épaules chaudes et rosées, je voulais balader mes doigts dessus, et pourquoi pas même y déposer quelques baisers… Tu délires, me rassérénai-je, ce n’est vraiment pas prudent de tenter le diable à ce point. Et en l’occurrence, le diable, c’était moi. Serais-je assez fort pour m’arrêter sans lui faire de mal ? Sans la blesser ? Je ne méritais pas un être tel qu’elle à mes côtés. Je devais être plus prudent aujourd’hui que jamais ! Sa vie en dépendait.

Je claquais ma portière et me tournais vers la forêt, appréhendant le moment où nous serions seuls, et où je lui montrerais qui j’étais vraiment. Peut-être fuirait-elle en courant… non…elle ne le pourrait pas… elle serait perdue.

Je chassais vite ces sombres pensées.

—– - Par ici, dis-je en jetant un coup d’œil derrière moi.
—– - Mais le chemin ? Bêla-t-elle, paniquée, en courant autour du camion pour me rattraper. Je profitais de son inattention pour déboutonner ma chemise, ainsi elle verrait par elle-même a quel point ma peau était répugnante.
—– - Je n’ai jamais dis que nous l’emprunterions.
—– - Ah bon ?

J’avais raison, sans moi elle était complètement perdue dans cette forêt. Mais sans toi elle ne s’y risquerait pas ! Me dit une voix sournoise dans ma tête, mais criante de vérité.

—– - Je ne te laisserai pas te perdre va ! Me radoucis-je devant tant de désarrois en me tournant vers elle. L’heure de vérité approche me dis-je.

Elle poussa un petit cri à la vue de mon torse dénudé. Avait-elle peur ? A ce moment précis, j’aurais tout donné pour pouvoir entendre ses pensées. Elle m’examina et plus elle observait mon torse, plus son visage prenait des airs torturés. Je devais surement la dégouter, peut-être se retenait-elle pour ne pas fuir en courant… pour la seule raison qu’elle avait peur de se perdre. J’étais un monstre et un égoïste pour avoir espéré croire qu’elle ne serait pas terrifiée par ma vraie nature !

—– - Tu préfère rentrer ? Murmurai-je d’une voix qui trahissait ma souffrance.
—– - Non.
—– - Qu’y a-t-il, alors ? Dis-je plus tendrement. Je ne voulais pas l’effrayer, pas maintenant.
—– - Je ne suis pas très bonne marcheuse, confessa-t-elle penaude. Il va falloir que tu sois très patient.
—– - J’en suis capable… même si ça exige beaucoup d’efforts. Ce qui n’était pas peu dire. Je détestais devoir me mouvoir à une vitesse humaine en temps normal, mais là que j’avais décidé de me comporter naturellement, elle me demandait d’être encore plus lent que d’habitude ! Mais pour elle j’aurais fait n’importe quoi. Je pris donc mon mal en patience, en me promettant une descente beaucoup plus rapide pour compenser.

Nous avions la journée devant nous… et je n’étais pas vraiment pressé de me retrouver dans la clairière, seul avec elle, et revivre en direct la prémonition d’Alice.

Je lui souris alors, pour lui montrer que j’étais capable de l’attendre et de marcher à son rythme. Elle semblait découragée avant même d’avoir commencé à marcher. Je voulais que nous puissions agir normalement. Elle tenta de me retourner mon sourire, mais sans grande conviction. Craignait-elle que la journée ce passe mal?

Je l’observais, et me répétais qu’il n’y avait aucune raison pour que je perde le contrôle. Ses cheveux ondulaient imperceptiblement, caressés par une douce brise. Ses épaules semblaient si fragiles, j’aurais aimé la prendre dans mes bras pour la protéger. Mais ici, c’était moi qui étais le plus dangereux pour elle. Il fallait que je la protège de moi-même.

—– - Tu vas rentrer chez toi, jurais-je pour elle et pour moi.
—– - Si tu veux que je crapahute dix bornes dans la jungle avant le coucher du soleil, tu ferais mieux d’avancer, lança-t-elle acide.

Je ne comprenais pas sa colère. Ou plutôt, j’étais étonné de voir qu’elle était plus contrariée qu’apeurée. Je venais de lui dire que j’allais tenter de me contrôler pour qu’elle puisse rentrer chez elle ce soir saine et sauve, et tout ce qui l’importait était de faire les dix kilomètres de marche avant la nuit.

Nous nous enfonçâmes peu à peu dans la forêt. L’odeur des pins, de la végétation et des animaux alentour gagnèrent mes narines. Ce qui m’effraya un instant. Nous étions dans le même environnement que lors de mes parties de chasse. Mais l’odeur la plus appétissante n’était pas celle d’un puma, mais celle de Bella.

A mon grand étonnement, mon corps de vampire fut sans réaction. Au cas où, je m’étais préparé à lutter contre mon instinct, mais seul mon corps d’homme réagissait à cet instant précis. A mon plus grand bonheur, je réalisais que Bella avait transformé le monstre qui était en moi en homme capable de se maitriser. Et je priais pour que cet état ne s’arrête jamais, ainsi la prédiction d’Alice ne se réaliserait pas. Le bonheur que je ressentais en sa compagnie était quelque chose d’inédit qui balayait tous sur son passage. Pour cette raison, sa lenteur ne fut pas si exaspérante que je l’avais crains.

Elle me suivait tant bien que mal, sans se plaindre. Connaissant sa tendance aux maladresses, je faisais mon maximum pour lui éviter tout les obstacles de mère nature : je prenais les chemins dégagés, j’écartais les fougères humides et les rideaux de mousse devant elle, je lui tenais le coude pour l’aider à franchir des troncs d’arbres ou des rochers. Je me faisais violence pour la relâcher dès qu’elle n’avait plus besoin de se tenir à moi. Son cœur s’accélérait dangereusement à chacun de ces contactes, ce qui ne manquait pas de me troubler. Je sentais ma peau s’embraser dès que je posais la main sur elle. Ce qui était cependant loin d’être désagréable, et me donnait encore plus envie de prendre sa main dans la mienne. Mais c’est exactement pour cette raison que je ne pouvais pas le faire. La froideur de ma peau de marbre allait la dégouter, même si elle n’oserait jamais l’avouer. Et je ne voulais surtout pas lui paraître désagréable. Je me contentais alors de son odeur, délicieuse, et des effluves de chaleurs qu’elle dégageait, la rendant encore plus attrayante à mes yeux.

Ce que je ressentais était dur à expliquer. Je connaissais ces sentiments pour les avoirs vus mainte et mainte fois joués par des acteurs dans divers films, mais jamais je ne les avais ressentis moi-même. Et je ne pouvais pas mettre de mots dessus. Dans mon esprit, le fait de verbaliser ce que je ressentais envers Bella, le rendait moins beau, moins mystérieux, moins magique. Cela perdait de son charme avec les mots. Il n’existait pas de mots assez forts pour décrire la puissance de mes sentiments, qui étaient d’autant plus amplifiés par ma nature vampirique.

Nous avions commencé notre ascension en silence, bercés uniquement par le chant de quelques oiseaux et le clapotis apaisant d’un cours d’eau, trop loin pour que Bella puisse l’entendre. Mais ce silence devenait de plus en plus pesant, au fur et à mesure que mon désir de la toucher grandissait. Pour éviter de me laisser contrôler par mes émotions, j’engageais la conversation en plus posant quelques petites questions qui avaient échappées à mon investigation de ces deux derniers jours. Notamment la date de son anniversaire, les enseignants qu’elle avait eus à l’école primaire, les animaux de son enfance. Cette dernière chose provoqua mon hilarité. En effet, elle m’apprit qu’elle avait tué trois poissons rouge à la suite, et que depuis elle avait renoncé à ce genre d’institution. Et ce qui déclencha mes rires était la façon penaude et honteuse dont elle me l’annonça. Je ne l’imaginais pas en train de faire du mal intentionnellement à ces pauvres bêtes, elle qui était si fragile, elle ne ferait pas de mal à une mouche.

J’avais eu du mal à calmer mon hilarité. Pourtant le fait qu’elle a tué trois poissons n’avait rien de particulièrement drôle, mais mon rire cachait également ma nervosité.

Il nous fallut presque toute la matinée pour faire le trajet que j’avais prévu. Ma patience me surpris presque, Bella avait un effet vraiment apaisant sur moi, et son pouvoir était presque plus efficace que celui de Jasper. En effet celui-ci forçai ma volonté, alors que Bella m’apaisait de façon naturelle.

Je ne pouvais pas entendre ses pensées, mais il me restait d’autres atouts. Je pouvais en effet sentir sa nervosité et son impatience grandir, par les battements accélérés de son cœur, et la fine pellicule de sueur qui se formait sur sa nuque.

Le soleil commençait à percer la pénombre des arbres, je fis alors attention de ne pas me mettre dans un des rayons qui passaient au travers des feuilles. Je ne voulais pas lui faire peur prématurément. Et comme pour confirmer mes dires, elle me demanda :

—– - On est bientôt arrivés ?
—– - Presque, dis-je d’un ton narquois. Tu vois la lueur là-bas ?

Elle scruta l’endroit que je lui avais indiqué en vain, je savais parfaitement que pour des yeux d’humain l’orée que je pouvais voir était hors de portée.

—– - Euh… non.
—– - C’est sans doute un peu trop loin pour tes yeux. La taquinais-je.
—– - Alors, il serait temps que j’aille chez l’ophtalmo, marmotta-t-elle, ce qui me fit rire.

Un ophtalmo ne comprendrait pas si elle allait se plaindre de ne pas pouvoir voir au-delà de plusieurs centaines de mètres.

Au bout d’une centaine de mètres, cependant, elle dut l’apercevoir, car elle accélérait le pas, je la sentais de plus en plus fiévreuse. Elle était pressée d’en finir avec cette balade. Et pour tout dire, je commençais moi-même à être de plus en plus nerveux. Je la laissais passer devant moi, ainsi elle découvrirait la clairière par elle-même.

Elle franchit la dernière rangée de fougères, et pénétra enfin dans la petite clairière, qui était pour moi comme le plus bel endroit du monde. Elle sourit à la vue du soleil baignant la place de lumière mordorée. Elle s’avança lentement, puis se retourna, me cherchant des yeux. Ne me voyant plus, elle eu un air alarmée, croyait-elle que j’allais l’abandonnée ainsi après lui avoir fait endurer des heures de marche ? Puis elle me vit et m’observa avec curiosité.

Je n’osais pas sortir de l’ombre protectrice des arbres. Je savais qu’elle attendait que je lui montre l’effet du soleil sur ma peau, mais je ne savais toujours pas comment elle allait réagir, je ne connaissais pas l’élément déclencheur de ma bestialité dans la vision d’Alice. J’avais peur, étrange pour un vampire non ?

Elle s’avança vers moi, me fit un sourire encourageant. Elle voulait que je la rejoigne, mais faute de réaction de ma part, c’est elle qui me rejoignait. Je ne voulais pas qu’elle s’approche plus de moi, je ne voulais qu’elle soit trop près de moi quand elle verra ma peau briller au soleil. Je ne voulais pas qu’elle ait peur de s’enfuir si toute fois elle le désirait. Je levais alors le bras pour lui intimer de stopper. Ce qu’elle fit en oscillant sur ses talons.

Je respirais profondément, m’imprégnant de son arôme, et des effluves subtiles mais insignifiantes de mon environnement. Ma gorge était un brasier que je venais d’alimenter. Mon habitude à combattre la soif me fut d’une grande utilité, ainsi que la partie de chasse de la veille. Mon entretient de cette nuit avec Alice était gravé en moi, et je concentrais toutes mes forces et mes capacités mentales pour faire le bon choix le moment venu. J’inspirais une seconde fois, pour être sur de mes instincts. Je me maîtrisais parfaitement. Je restais cependant sur mes gardes par prudence.

Je me préparais également à subir ses hurlements quand elle verrait quel monstre j’étais. Cette fois, elle ne pourrait pas faire autrement que de me rejeter. Et il fallait que je me prépare à cette éventualité pour que le choc et la douleur de la perdre ne m fasse pas faire d’erreur.

Ne voulant pas la faire attendre plus longtemps, je fis un pas pour enjamber les fougères, puis plongeais dans l’éclatante aura du soleil de midi, transformant ma peau en une boule à facette.

Je fermais les yeux. Je n’aurais pas supporté de voir son visage apeuré en me voyant. J’entendis son pouls s’accélérer, elle s’arrêta de respirer et étouffa un petit cri perçant. Pour une fois, j’avais vu juste. Je lui faisais peur. J’ouvris alors les yeux pour affronter sa colère ou sa peur, je ne savais pas encore dans quel état d’esprit elle était.

A ma grande surprise, ce n’était pas de la peur que je voyais dans ses yeux, mais de l’émerveillement. Je voyais mon reflet dans ses yeux brillant d’adoration. Etait-elle vraiment en pleine possession de ses capacités mentale ? J’avais vraiment peine à croire qu’elle pouvait aimer ce qu’elle était en train de voir. Elle était fascinée par le scintillement de ma peau, je m’étais attendu à tout sauf à ça. Ses réactions étaient toujours surprenantes et une parfaite énigme pour moi. Une fois de plus j’aurais tout donné pour pouvoir entendre ses pensées. Elle resterait pour toujours un éternel mystère.

Je m’approchais alors d’elle, doucement, son cœur battait la chamade, elle mit sa main dans la mienne sans lâcher mon torse des yeux. Je pouvais voir chaque grain de ma peau se refléter dans ses prunelles chocolat tendre, et j’essayais en vain de voir dans ses yeux ce qui la fascinait tant en moi. Ma peau me dégoutait toujours autant, mais je n’y pensais bientôt plus. Sa main dans la mienne était si agréable que j’en oubliais le reste.

Nous restâmes ainsi toute l’après-midi, je m’étais allongé dans l’herbe tendre et avais fermé les yeux, j’aurais pu rester ainsi des heures avec le délicieux parfum de Bella qui me brulait la gorge. Je le laissais m’envahir, pour ensuite le refouler, j’étais fier de mon self-control. J’étais bien décidé à tout mettre en œuvre pour ne pas commettre l’irréparable.

Je sentais son regard sur moi, mais je refusais d’ouvrir les yeux. C’était la première fois de ma vie que je me sentais aussi bien, j’étais dans un état de plénitude total, je voulais que ce moment ne s’arrête jamais. Si seulement elle était vampire, mon souhait pourrait ce réaliser. Je m’interdis cependant de telles pensées égoïstes, je ne voulais pas gâcher mon bonheur. Je chantonnais la douce berceuse que je lui avais composée. J’étais tellement serein, tellement heureux, jamais je n’avais ressenti ça auparavant.

—– - Pourquoi tes lèvres tremblent-elles ?
—– - Je chante, mais trop bas pour que tu puisses l’entendre.

Elle ne cessait de m’observer. Je la laissais faire, pour qu’elle s’habitue à mon physique inhumain. Je sentais son souffle chaud, porté par une douce brise s’écraser sur mon bras, j’en avais des frissons. Je luttais pour ne pas bouger et la serrer contre moi. S’en était peine croyable, mais cette clairière qui d’ordinaire m’apaisait tant, faisait aujourd’hui naître en moi une excitation grandissante à laquelle j’avais du mal à faire face. J’étais pourtant le champion dans le domaine du refoulage de sentiment, mais à cet instant, cette partie de moi était hors contrôle. C’était assez déstabilisant, mais je ne m’en plaignais pas.

Cette fille était tout bonnement incroyable. Elle m’avait appris tellement de choses, jamais je n’aurais cru ça possible. Grâce à elle je savais maintenant interpréter les réactions des personnes sans forcément lire dans leur esprit, il me suffisait de me baser sur leur rythme cardiaque et leurs yeux. Bien sur, cette personne ne devait pas être aussi imprévisible que Bella ! Mais en mettant en parallèle ces deux techniques, j’essayais de tout mon être de déchiffrer les pensées de Bella.

J’étais vraiment un être abject, elle était la seule personne qui me résistait et qui bénéficiait d’une intimité mentale méritée, et je faisais tout mon possible pour la lui prendre. Je me trouvais cependant des excuses en me disant qu’il était nécessaire que je la comprenne pour la sécurité de ma famille. Du moins, elle était valable au début.

Mes pensées se tournèrent ensuite vers un autre sujet. L’odeur de Bella m’emplissait les narines, et il m’était impossible d’un faire abstraction. Je pensais alors à elle de manière agréable, mon corps de vampire était sous contrôle, contrairement à mon corps d’homme qui ne demandait qu’une chose : être plus proche d’elle.

Je me souviens avoir entendu Jessica évoquer l’absence de notre premier baiser, après le drame de Port Angeles. Bien sur Jess n’étais pas au courant des évènements, elle pensait seulement que l’on avait organisé un petit rendez-vous. Cette idée m’avait alors parut saugrenu et irréalisable. Aujourd’hui, je reconsidérais la question. J’essayais alors de m’imaginer l’effet que cela me ferais. Si seulement j’avais pu y songer avant, j’en aurais touché deux mots à Emmett.

Mes réflexions furent stoppées brutalement, et je sorti de ma bulle quand je senti une brulure sur le dos de ma main. Ce n’était pas douloureux, mais étrangement familier et surprenant à la fois. Je me laissais faire. Je souris de plaisir, et ouvris mes yeux. Je vis Bella, tellement belle, tellement tendre, elle faisait courir ses doigts timidement sur le dos de ma main. Je m’émerveillais de sa beauté et des sensations qu’elle me procurait.

—– - Je ne t’effraie pas ? Demandais-je sur le ton de la plaisanterie, tout en attendant une réponse sincère.
—– - Pas plus que d’habitude.

Je lui souris alors de façon à ce qu’elle puisse voir mes dents aiguées, et qu’elle se souvienne du danger qu’elle était en train de caresser. Mais au lieu de la faire reculer, elle s’avança entre plus, et parcourut du bout de ses doigts hésitants les contours de mon avant-bras. Je sentais ses doigts trembler, ce qui me donnait encore plus de frissons sous ma peau. Je fermais alors les yeux pour graver ces sensations à tout jamais dans mon esprit.

—– - Je t’embête ? murmura-t-elle.
—– - Non. Tu n’imagines pas les sensations que tu me procures.

Rassurée, elle continuation l’ascension de mon bras en suivant la courbe de mes muscles, et de mes veines. Ce qui s’apparentait à la caresse d’une plume sur du béton armé. Une violente vague de désire s’emparât de moi sans crier gare. Je voulais pouvoir lui prendre sa main, lui retourner ses caresses. Je voulais lui faire ressentir ce qu’elle me faisait à cet instant. Ce fut dur de résister à la tentation. Je sentis sa main s’approcher de la mienne. Je devinais qu’elle voulait me la retourner pour continuer ses caresses, et sans que je puisse contrôler quoi que ce soit, je retournais ma main à une vitesse surhumaine. Je voulais que ses caresses continues sans interruption. Elle se figea alors, ma rapidité l’avait surprise. Peut-être même l’avais effrayée. Mais après tout, je voulais qu’elle voie ma vraie nature, et c’était justement ce type de comportement qui était naturel chez moi, de plus je me sentais tellement bien en sa compagnie que j’en oubliais qu’elle était humaine et moi vampire.

—– - Désolé, marmonnai-je, pour ne pas casser la magie qu’il y avait dans l’atmosphère de la clairière. J’ai tendance à me laisser aller à ma vraie nature, avec toi.

Elle souleva mon poignet, et le fit tourner en l’approchant de son visage. Elle observait de très prêt les reflets du soleil sur ma peau. On aurait dit qu’elle tentait de voir à travers ma peau, ou essayait-elle de percer le mystère de mon derme ? Je ne parvenais plus à contenir ma curiosité. J’aurais du être un homme heureux et comblé, mais c’était tout le contraire. J’étais totalement frustré de devoir resté ainsi immobile sans pouvoir la toucher pour sa sécurité, et je ne pouvais même pas entendre ses pensées pour me distraire.

—– - Dis-moi à quoi tu penses, murmurais-je. L’ignorer est si étrange.
—– - Je te signale que c’est notre lot commun, à nous autres.
—– - Votre existence est dure. Dis-moi, insistais-je.
—– - Je songeais que j’aurais aimé savoir ce que toi tu pensais…
—– - Et ?
—– - Je songeais que j’aurais aimé croire en ta réalité. Et ne pas avoir peur.
—– - Je ne veux pas que tu aies peur.

J’aurais tant voulu la rassurer, lui dire qu’elle n’avait rien à craindre tant qu’elle serait près de moi. Comme l’aurait n’importe quel homme normal voulant la protéger, elle était tellement fragile. Mais je ne pouvais pas dire ces mots alors que le seul danger présent à des kilomètres à la ronde était assis auprès d’elle, main dans la main. Je pouvais seulement lui dire ce que j’aurais aimé qu’il se passe.

—– - Pour être exacte, la peur en elle-même ne le préoccupe pas tant que ça. Bien qu’elle ne soit pas négligeable.

Si le danger que je représente ne l’effrayait pas, qu’est-ce qui avait alors un tel pouvoir sur elle ? Ceci m’intrigua à un tel point que je me redressais à demi, alors s’en y faire attention, je me retrouvais alors accoudé sur mon bras droit et mon visage n’était à quelques centimètres du sien. Elle aurait dû reculer face à une proximité si soudaine. Elle n’en fit cependant rien. Sa réaction me servit donc de test : je ne le lui faisais absolument pas peur ! Je n’en revenais pas, je savais qu’elle était tellement éblouie par ma présence, pour reprendre ses mots, qu’elle se comportait le plus souvent comme si j’étais un humain comme les autres. Mais je croyais qu’une partie d’elle, du moins son subconscient ressentait une part du danger qu’elle refusait de voir. Mais sa réaction venait de me prouver le contraire !

Ses yeux étaient hypnotisés par les miens, elle ne semblait pas décidée à m’expliquer se qui l’effrayait plus que de se retrouver seule avec pour seule compagnie un vampire.

—– - Que crains-tu ?

Mais au lieu de me répondre, elle se contenta de s’approcher encore plus de moi, se penchant sur la bouche avec un air gourmand… je me sentis flancher, c’était comme si la terre s’était dérobée sous moi, j’étais complètement désarçonné par sa réaction. Je ne pouvais décemment pas répondre à sa demande. Je ne pouvais pas non plus la repousser, c’était au dessus de mes forces, et je ne voulais surtout pas la blesser. Elle poussa un soupir et son haleine vint me brûler la gorge, son arome était si délicieux, et sa gorge chaude si tentante, je pouvais voir battre son sang dans ses veines, comme une invitation à la dégustation, même si je n’avais pas soif, il m’était dur d’y résister. Elle n’avait pas conscience des risques auxquelles elle s’exposait. Je me ressaisis avec difficulté, je ne pouvais pas faire une chose aussi monstrueuse. Une seule solution s’offrait alors à moi : la fuite.

A peine avait-elle eu le temps de cligner des yeux que déjà j’étais à dix mètres d’elle, au bord de la clairière, dans la pénombre d’un sapin. Je ne pouvais détacher mes yeux d’elle. Elle était tellement belle, j’aurais tellement aimé répondre à ses avances… mais c’était beaucoup trop dangereux, autant pour elle que pour moi.

Cette scène me fit alors repenser à la vision d’Alice. Etait-ce pour cette raison que je la tuais ? Parce que j’avais pris le risque de me laisser faire, et que son arôme m’avait fait tourner la tête au point de perdre le contrôle ? Non je ne pouvais pas y croire, mais en même temps, je ne pouvais pas sérieusement vérifier mes théories.

Tout se bousculait dans ma tête. Le baiser entre moi et Bella suggéré par Jessica, les avances de Bella et les incohérences de mon corps face à celles-ci, mon désir de lui montrer ma vraie nature, la vision d’Alice… C’était le moment de prendre une décision. La raison ou la chair ?

—– - Excuse-moi, dit-elle tout bas.
—– - Donne-moi juste un moment.

C’était le moment idéal pour lui montrer qui j’étais réellement. J’allais lui montrer le monstre qui était en moi. Je me concentrais un maximum pour ne pas déraper et commettre l’irréparable. Je devais montrer ma face cachée, mais je devais pouvoir être maître de mes instincts. Je m’avançais alors doucement vers elle pour ne pas l’effrayer d’avantage. Je m’arrêtais à quelques pas d’elle et m’assit en tailleur. Mon regard était vrillé au sien, je voulais qu’elle oublie tout ce qui se trouvait autours de nous, je voulais l’éblouir. J’inspirais profondément, laissant son parfum m’envahir, je goutais son arome sur le bout de ma langue… exquis… mais secondaire. Son corps de femme paraissait soudain plus irrésistible que sa merveilleuse odeur…

—– - Désolé, marmonnais-je un peu désarçonné par ce que je venais de constater. Comprendrais-tu si je te disais n’être qu’un homme ?

Elle acquiesçait, mais je sentais qu’elle restait sceptique. Son pouls s’accéléra, je sentais l’adrénaline monter en elle, au fur et à mesure que ma nature s’imposait à elle. Elle prenait enfin conscience du danger que je représente. Ma première réaction fut de la rassurer, mais je m’en empêchais à temps. Il était vraiment indispensable qu’elle voit qui j’étais. Je laissais alors tomber le masque rassurant que j’avais essayé d’afficher, pour prendre celui du vampire séducteur.

—– - Je suis le meilleur prédateur au monde, n’est-ce pas ? Tout en moi t’attire – ma voix, mes traits, mon odeur. Comme si j’avais besoin de ça !

Et d’un bond, je regagnais le sapin que je venais de quitter. Sa peur palpable était comme un carburant pour moi, je me laissais alors gagner peu à peu par ma nature de chasseur hors paire.

—– - Tu ne pourrais pas m’échapper ! M’esclaffais-je avec amertume.

J’arrachais au sapin une branche de cinquante centimètre de diamètre – le geste était trop facile, je jouais alors avec avant de la jeter à la vitesse d’un boulet de canon contre le tronc d’un arbre où elle explosa. Elle n’avait vraiment aucune chance face à moi. Je me rendis ensuite compte que ces sombres pensées ne pouvais m’appartenir réellement. Je sentais le monstre en moi qui était en train de se réveiller. Il se délectait du spectacle.

Bella, si fragile. Elle me regardait, ne comprenant pas ce qui était en train de se passer dans ma tête. « Bella » hurlai-je sans qu’aucun bruit ne puisse sortir de ma bouche. J’aurai voulu la prévenir, qu’elle puisse s’enfuir. Mais elle n’aurait eue aucune chance. Je venais de le lui prouver d’ailleurs.

Je la rejoignis, et m’assis. Pour sa sécurité je préférais me figer complètement.

—– - Tu ne pourrais pas me résister, murmurais-je

Elle s’était pétrifiée, n’osant plus bouger face à mon comportement inadmissible. Mon excitation face à la proie qu’elle représentait commençais à faiblir, je venais de prendre conscience de mes actes, je voulais la rassurer.

Le monstre qui était en moi ne l’entendait pas de cette façon, je n’arrivais pas à le faire taire. J’y mettais toute ma volonté, toute ma force. Rien n’y faisait. Il était plus fort que moi. Abandonner était peut-être la seule solution. Il riait en moi, se moquait de ma faiblesse. Un vampire ne peut s’éprendre d’une humaine.

Je cherchais alors un moyen de le vaincre, d’être plus fort que lui.

—– - N’aie pas peur, chuchotai-je avec des intonations veloutés et séductrices qui étaient celles du monstre. Je te promets… Je te jure de ne jamais te faire de mal.

Ces dernières paroles étaient plus un avertissement pour le monstre que des paroles véritablement destinée à Bella. Je savais qu’il en faudrait plus pour qu’elle se sente plus rassurée.

Une douce musique résonna alors dans ma tête. C’était la berceuse de Bella. Au fil de la musique, le monstre reculait en moi. Je venais de trouver le moyen de le faire taire. Les notes s’emballèrent et résonnèrent. Au bout de quelques secondes, je remportais enfin la victoire définitive. Je venais de comprendre, que Bella ne risquerait plus sa vie ainsi en ma compagnie. Car c’était elle, en réalité, et non la musique, qui m’avait véritablement sauvé de moi-même. Bella était ma muse, et cette mélodie représentait Bella en tout point. C’était elle, retranscrite sur une partition. La victoire de la raison sur la chair.

Ayant repris le contrôle de moi-même, je me rapprochais d’elle avec une lenteur volontairement exagérer. Afin de lui laisser le temps de me repousser si elle le désirait. Je l’aurais d’ailleurs largement mérité.

—– - N’aie pas peur, répétai-je.

Je me baissais ensuite jusqu’à ce que nos yeux fussent au même niveau. Je voulais qu’elle voie ma sincérité.

—– - S’il te plaît, pardonne-moi. Je sais me contrôler. Tu m’as pris au dépourvu, c’est tout. Je vais être sage maintenant.

J’attendais sa réaction, mais elle semblait avoir perdu l’usage de la parole, je pris alors une voix calme et détendue pour la rassurer.

—– - Je n’ai pas soif, aujourd’hui. Dis-je en lui adressant un clin d’œil complice.

Elle se mit alors à rire, mais son rire était tremblotant et étranglé. Elle commençait vraiment à m’inquiéter. Avais-je surestimé ses capacités d’assimilation d’informations surnaturelles ? Je pris alors ma voix la plus tendre pour m’ôter mes doutes.

—– - Ça va aller ?

Je posais ma main prudemment sur la sienne, agréablement chaude. Son contacte me procurais comme des petites décharges d’électricité, elle me rappelait la tension qu’il y avait eu entre nous pendant le film en biologie. Je me repris. Je ne voulais pas m’égarer dans mes souvenirs, je voulais vivre pleinement l’instant présent aux côtés de Bella.

—– - Où en étions-nous, avant que je me comporte aussi mal ?
—– - Très franchement, j’ai oublié.

Je me sentis alors honteux. Je venais seulement de réaliser combien mon comportement avait été inadmissible. Et pourquoi avais-je agis ainsi ? Parce qu’elle refusait de me dire pourquoi ce n’était pas ma nature vampirique qui la terrorisait le plus ! J’avais honte de mon attitude, même si elle lui avait peut-être ouvert les yeux sur le vrai danger. Je l’aidais alors à ce souvenir de notre conversation.

—– - Je crois que nous parlions de ce qui provoquait ta peur, en dehors des raisons évidentes.
—– - Ah oui.
—– - Alors ?

Pour toute réponse, elle dessina des lignes hasardeuses sur ma paume. Ces sensations étaient totalement inédites, et extraordinairement agréable. J’aurais aimé qu’elle ne s’arrête jamais, mais la curiosité l’emporta sur le plaisir. Au bout de plusieurs secondes je ne pus résister, j’avais déjà dépassé mes limites en matière de patience aujourd’hui.

—– - La patience n’est pas mon fort, soupirais-je.

Elle plongea ses yeux dans les miens, et je pus y voir le reflet de mes propres craintes, de mes propres doutes. Nous savions l’un et l’autre que nous nous trouvions dans une impasse.

—– - J’ai peur parce que, pour des raisons évidentes, je ne peux pas rester avec toi. Or, j’ai peur d’en avoir envie de manière déraisonnable.

Après ce moment de lucidité, elle n’osa plus me regarder. Finalement, mon petit numéro avait porté ses fruits. Je n’en étais cependant plus très fier. Je ne voulais pas que par ma faute elle s’éloigne de moi. Elle avait raison, je devais m’éloigner d’elle, c’était mon devoir de la laisser vivre sa vie en paix. Elle venait de m’avouer qu’elle était beaucoup plus attachée à moi que je ne le pensais. Je devais partir loin d’elle pour son bien, mais j’en étais bien incapable. J’étais trop égoïste pour m’éloigner, je voulais goûter au bonheur mon aussi. Qui pourrait me le reprocher ?

—– - Oui, désirer ma compagnie est effectivement effrayant. Et vraiment pas dans ton intérêt. J’aurais dû m’éloigner depuis longtemps. Il faudrait que je parte, là, tout de suite. Hélas, je ne suis pas certain d’en avoir la force.
—– - Je ne veux pas que tu t’en ailles.
—– - Voilà exactement pourquoi je devrais m’y résoudre.

A ces mots, elle eue l’air totalement paniquée.

—– - Ne t’inquiète pas, va. Je suis égoïste. Moi aussi, je désire trop ta compagnie pour être raisonnable.
—– - J’en suis heureuse.
—– - C’est mal !

Elle se réjouissait de ma faiblesse. Tout comme le monstre qui était en moi il y quelques minutes. Je pensais qu’elle avait compris que ma présence ne lui apporterait que des ennuis. Mais elle semblait passer outre, seul comptait pour elle ma présence à ses côtés. J’en étais heureux d’une certaine manière, mais je ne pouvais m’empêcher de ressentir de la tristesse face à son attitude suicidaire. J’inspirais alors pour m’obliger à ressentir cette douleur qui était garante de sa vie. Son arôme enivrant était ma faiblesse et ma force. Tant que je la sentirais, ce serait la preuve que la douce était en vie. Je m’efforçais alors de lui rappeler la dure réalité qui était la mienne : j’étais un vampire et elle était ma tua cantante.

—– - Ce n’est pas seulement ta compagnie que je désire. Ne l’oublie jamais. Rappelle-toi que je représente un danger sans égal pour toi, que je suis la menace absolue.

Je préférais ne pas la regarder, je ne voulais pas affronter son regard apeuré.

—– - Je ne suis pas certaine de te comprendre.
—– - Comment t’expliquer sans t’affoler ? Dis-je en plongeant mon regard dans le sien, je ne voulais pas l’effrayer plus que raison, elle devait surement avoir eu sa dose de frisson pour la journée, même si elle ne l’admettrait jamais. Je ne voulais pas être responsable d’un éventuel malaise du à un trop grand choc.

Mes mains avaient repris d’elles-mêmes leurs places dans le creux des siennes. Je m’extasiais des sensations que cela me procurait.

—– - Cette impression de chaleur est étonnamment agréable, dis-je en contemplant nos doigts entrelacés.

Je pris le temps de la réflexion pour choisir mes mots, afin qu’elle comprenne mon dilemme. J’eu beau chercher, le meilleur moyen pour expliquer l’inexplicable était d’user de métaphore. C’était la seule façon pour elle de comprendre ce que je pouvais ressentir.

—– - Bon, tu sais que les gens n’ont pas les mêmes goûts. Certains aiment la glace au chocolat, d’autres préfère la fraise. Elle acquiesça, visiblement elle ne semblait pas voir là où j’essayais de l’emmener. Désolé pour cette comparaison malheureuse, je n’ai pas trouvé mieux. Nous rîmes ensemble. Son rire était si frais, si mélodieux, je ne m’en lassais pas.

Il faut dire aussi qu’il est dure de ce concentrer avec elle à côté de moi, si belle, si parfaite, si tendre, je voulais être plus proche d’elle physique.

—– - Tu vois, chacun à une odeur particulière, une essence personnelle. Si tu enfermais un alcoolique repenti dans une pièce pleine de bières frelatées, il réussirait à résister. Mais supposons que tu remplaces la bière éventées par un verre d’un excellent et rarissime cognac, que tu remplisses la pièce de ce seul et puissant arôme de vieux brandy, comment crois-tu qu’il se débrouillerait ?

Nous nous dévisageâmes, je tentais de lire dans ses yeux ce qu’elle refusait de me dire, en vain. L’obsession d’un alcoolique est risible face à la mienne. L’exemple était d’autant plus mal choisi, qu’elle n’avait sans doute aucune idée de ce que pouvais provoquer l’addiction.

—– - La métaphore est sûrement mal choisie. Il n’est peut-être pas si difficile de résister au cognac. J’aurais du prendre un héroïnomane.
—– - Serais-tu en train de me suggérer que je suis une dose d’héroïne ?
—– - Exactement.
—– - Cela arrive-t-il souvent ?

Cela ne m’était jamais arrivé, mais je ne pouvais pas me contenter de le lui dire simplement, je voulais qu’elle comprenne ce que je ressentais vraiment. Et mes frères avaient déjà eu affaire à ce genre de situation…

—– - J’en ai parlé à mes frères. Pour Jasper, vous êtes interchangeables. Il est le membre le plus récent de notre famille, et son sevrage relève du combat. Il n’a pas encore eu le temps de se sensibiliser aux différentes odeurs et saveurs. Navré…

Je venais de me rendre compte que je parlais à Bella de la même façon que si j’avais parlé à Emmett. J’espérais ne pas l’avoir effrayer en parlant ainsi d’êtres humains.

—– - Ce n’est rien. Ecoute, ne te soucie pas de me choquer ou de m’effrayer. C’est votre mode de fonctionnement, et je peux le comprendre, m’y efforcer du moins. Explique les choses comme elles te viennent.

Je lui en étais vraiment très reconnaissant d’être aussi compréhensive et tolérante. Elle me simplifiait les choses, contrairement à son habitude… ce qui était appréciable, surtout après ma conduite impardonnable.

—– - Merci. Bref, Jasper n’est pas sûr d’avoir rencontré quelqu’un qui soit aussi… attirant que tu l’es pour moi. Emmett, qui est, si je puis dire, dans le bain depuis plus longtemps m’a compris, lui. Il m’a avoué que ça lui était arrivé deux fois, dont une de manière très puissante.
—– - Et à toi ?
—– - Jamais.

Elle médita mes paroles un instant, avant de reprendre son interrogatoire. Mais comme à son habitude, elle posa la mauvaise question…

—– - Comment à régi Emmett ?

Je ne voulais pas lui mentir, mais je n’avais pas la force de lui dire la vérité non plus. Je ne voulais pas la choquer, elle savait déjà qu’elle avait faillit mourir le jour de notre rencontre. Inutile d’en rajouter… ma main se serra alors en un poing de pierre dans la sienne, et je détournai les yeux…je ne pouvais plus voir ses yeux apeurés une nouvelle fois.

—– - Je crois deviner, finit-elle par murmurer.

Je ne voulais pas qu’elle juge mon frère sans le connaître. De plus, cela s’est passé il y a tellement longtemps, Emmett n’était pas aussi fort que maintenant pour résister. D’ailleurs moi-même, face à l’odeur envoutante de Bella, j’avais perdu toute notion de prudence. J’affrontais alors son regard d’un air triste et suppliant.

—– - Même le plus fort d’entre nous a le droit à l’erreur, non ? Chuchotai-je.
—– - Que veux-tu ? Mon consentement ? lança-t-elle sèchement.

Elle avait raison, je ne pouvais pas décemment lui demander de comprendre le geste de mon frère. Elle ne le pouvait pas. Elle ne pouvait pas s’imaginer la douleur que je ressentais à chaque secondes passées à ses côtés. Elle se radoucit ensuite, ce qui me surprit.

—– - Est-ce à dire qu’il n’y a pas d’autre solution ?
—– - Non, non ! M’empressai-je d’objecter. Il y en a d’autres, bien sûr. Il est évident que je ne…

Une fois de plus, je ne pus achever ma phrase. Je plongeais alors mes yeux dans les siens, espérant trouver le réconfort et le courage dont j’avais besoin.

—– - Nous deux, repris-je, c’est différent. Pour Emmett, il s’agissait d’étrangers, croisés au hasard. C’était il y a longtemps, et il n’était pas aussi… entrainé ni aussi prudent qu’aujourd’hui.

Finalement, je venais de lui dire une partie de la vérité, j’attendais avec appréhension sa réaction. Son regard s’assombrit tandis qu’elle méditait mes paroles, j’aurais vraiment tout donné pour pouvoir suivre le cheminement de sa pensée.

—– - Donc, si nous nous étions rencontrés…dans une allée sombre, je ne sais pas…

Je voyais parfaitement là où elle voulait en venir. Je n’osais même pas songer un seul instant à ce qui aurait pu arriver si l’on s’était rencontré en dehors du lycée, ou pire encore, dans une allée sombre comme elle venait de le suggérer.

—– - J’ai été contraint de fournir un effort démesuré pour me retenir… au milieu de cette classe pleine d’élèves. Lorsque tu es passée près de moi, j’aurais pu détruire en une fraction de seconde tout ce que Carlisle a bâti. Si je n’avais pas eu l’habitude de lutter contre ma soif depuis… trop longtemps, j’aurais été incapable de résister.

L’évocation de se souvenir, si vif dans ma mémoire, me rappela la bestialité qui s’était emparé de moi ce jour là, ainsi qu’aujourd’hui même.

—– - Tu as dû te dire que j’étais possédé.
—– - Je n’ai pas compris cette haine immédiate.
—– - C’était comme si tu étais une sorte de démon surgi de mon Enfer personnel pour me détruire. L’arôme de ta peau… j’ai cru devenir fou. Durant toute cette heure, j’ai imaginé mille et un stratagèmes pour t’attirer dehors et t’avoir à moi seul. Je les ai combattus un à un en pensant aux miens, aux répercussions éventuelles. Il fallait que je m’enfuie, que je m’éloigne avant de ne pouvoir retenir les mots qui t’auraient incitée à me suivre.

Bella devint pâle face à ce souvenir. Je lui avais fait plus peur ce jour là que ce qu’elle voulait bien reconnaître. Mais si ce n’était que cela, ce n’était pas si grave. Malheureusement, en plus de lui avoir fait peur, je l’avais en même temps charmé, hypnotisé.

—– - Tu serais venue, lui assurai-je.
—– - Sans doute, acquiesça-t-elle calmement.

Sa voix était calme, mais son cœur me disait le contraire. Ce qui était tout à fait normal, elle reconnaissait qu’elle se serait jetée sans réfléchir dans la gueule du loup, et elle arrivait à conserver une voix calme. Elle me surprendrait toujours.

Je continuais ensuite sur mon élan de franchise. Je lui devais bien ça. Je voulais qu’elle saisisse le contexte dans lequel je me trouvais, pourquoi j’avais agit de la sorte. Je voulais qu’elle ait confiance en moi, et s’était le moment idéal pour le lui prouver.

—– - Ensuite, continuai-je, j’ai voulu changer mon emploi du temps, afin de t’éviter, et tu étais là, dans ce petit bureau surchauffé, et ton odeur était enivrante. Là aussi, j’ai failli craquer. Il n’y avait qu’un autre humain avec nous, une femme frêle que je n’aurais eu aucun mal à liquider.

J’utilisais volontairement des mots durs, pour qu’elle prenne conscience que sa vie n’avait tenue qu’à un fil durant tout ce temps, et aussi pour qu’elle ne blâme pas Emmett trop rapidement pour son geste. Je lui donnais les détails nécessaires pour qu’elle puisse voir les choses de mon point de vue avant de nous juger. Je la sentie frissonner. Ainsi, elle comprenait enfin. Sans me laisser perturber, je continuais mon récit.

—– - Mais j’ai résisté. J’ignore comment. Je me suis forcé à ne pas t’attendre, à ne pas te suivre. Dehors, il m’a été plus facile de réfléchir et de prendre la bonne décision, car je ne sentais plus ta fragrance. J’ai déposé les autres à la maison, j’avais trop honte pour leur confier ma faiblesse. Ils avaient juste devinés que quelque chose de très grave s’était produit, et j’ai foncé droit à l’hôpital pour annoncer à Carlisle que je m’en allais.

J’avais encore honte de ma fuite aujourd’hui, même si je savais à présent que j’avais agit au mieux pour toute ma famille. La meilleure solution avait été la fuite. Ce n’était pourtant pas dans mes principes, et Carlisle m’avait donné raison, mais il fallait tout de même reconnaître qu’elle était ma plus grande faiblesse, et que j’avais agit comme un lâche, j’aurais du affronter mes démons intérieurs au lieu de les fuir, comme je venais de le faire aujourd’hui même.

—– - Nous avons échangés nos voitures, il avait fait le pleine de la sienne, et je ne voulais pas m’arrêter. Je n’ai pas osé rentrer affronter Esmée. Elle ne m’aurait pas laissé partir sans une scène, sans essayer de me persuader que c’était inutile… le lendemain matin, j’étais en Alaska. J’y ai passé deux jours, avec de vieilles connaissances… mais la maison me manquait. Savoir que j’avais meurtri Esmée, les autres, ma famille adoptive, m’étais insupportable. Dans l’air pur des montagnes, j’avais du mal à croire que tu sois aussi irrésistible. Je me suis convaincu que fuir était minable. J’avais déjà été tenté, pas avec une telle ampleur, loin de là. J’étais fort. Qui étais-tu, petite fille insignifiante (j’eu un grand sourire, elle était loin d’être une fillette insignifiante) pour me chasser de l’endroit où je désirais vivre ? Alors je suis revenu…

Je la laissais digérer toutes ces informations. Cela faisait vraiment beaucoup à assimiler pour un cerveau d’humain, mais maintenant que j’avais commencé à me dévoiler, je ne pouvais plus m’arrêter. J’avais l’impression de me confesser, lui parler me soulageais en quelque sorte. Je ne voulais cependant pas qu’elle rompe le silence avant moi, je lui laissais alors le temps de méditer mon histoire, sans lui en laisser d’avantage qui la pousserait à questionner si je restais trop longtemps silencieux. J’essayais alors de calculer un laps de temps idéal, puis je repris.

—– - J’ai pris mes précautions, chassant et mangeant plus que nécessaire avant de te revoir. J’étais certain d’être assez solide pour te traiter comme n’importe quel autre humain. Malheureusement, c’était de l’arrogance. Qui plus est, mon incapacité à lire tes pensées et connaître tes sentiments à mon égard n’a fait que compliquer les choses. Je n’étais pas habitué à recourir à des méthodes aussi retorses, comme de t’espionner à travers Jessica… dont l’esprit n’est pas très original et dont je ne pouvais être certain de la fiabilité. Tout ça était très irritant. J’étais agacé de devoir m’abaisser à ce genre de comportement. Je désirais que tu oublies ce fameux jour, et j’ai tenté de te parler comme à n’importe qui. J’avais hâte même, espérant ainsi réussir à décrypter ton cerveau. Malheureusement, tu étais bien trop passionnante, et je me suis retrouvé pris au piège de tes expressions… aujourd’hui encore, quand tu agites la main ou secoue tes cheveux, ton odeur m’enivre… après, bien sûr, tu as failli être écrasée sous mes yeux. En mon for intérieur, je me suis inventé une excuse idéale, si je n’étais pas intervenu, ton sang se serait répandu devant moi, et j’aurais été incapable de me contenir, ce qui aurait montré à tous ma vrai nature. Mais ce prétexte ne m’est venu que tardivement. Sur le moment, ma seule pensée à été « pas elle ».

J’avais réussis à aller jusqu’au bout de mon récit, mais la peine, la honte, la douleur et la peur avaient pris le pas sur mon élan de courage. Je fermais alors les yeux, je ne pouvais plus me supporter, et j’aurais compris qu’elle me demande de partir. Je tendis alors l’oreille pour me donner une idée de sa réaction par rapport à son rythme cardiaque. Il ne s’était pas brutalement accéléré, et au contraire, était calme et régulier, sa respiration était de même. Je crus même percevoir un soupir de soulagement.

Ses réactions étaient tellement imprévisibles. Il était possible qu’elle se sente soulagée de comprendre enfin ce qui ce passait dans ma tête, au lieu d’avoir peur comme le commun des mortels. Cette fois, je lui laissais le soin de prendre la parole et de rompre ce silence.

—– - Et à l’hôpital ? murmura-t-elle d’une petite voix.

Une fois de plus, elle trouvait ce qui me faisait le plus mal. Elle ne le faisait pas exprès, bien sur. Je rouvris alors les yeux, et plantais mon regard dans le sien. J’avais raison, elle n’était pas apeurée, mais cherchait plutôt à comprendre. Je lui répondis avec le plus de sincérité possible.

—– - J’étais consterné. Je n’arrivais pas à croire que j’avais mis les miens en danger, que je m’étais livré à ton pouvoir, toi parmi tant d’autres. Comme si j’avais eu besoin d’une nouvelle raison de te tuer.

Les mots m’avaient échappés, mais ils reflétaient la triste vérité. Nous tressaillîmes alors. J’avais en effet toutes les raisons du monde pour la tuer, et pourtant, elle était assise tranquillement auprès de moi, avec la certitude que je ne lui ferais aucun mal. Et elle avait raison sur ce point, j’étais tout simplement incapable de lui faire du mal intentionnellement.

—– - Sauf que ça e eu l’effet contraire, poursuivis-je avant qu’elle ne s’imagine autre chose. Je me suis battu avec Rosalie, Emmett et Jasper lorsqu’ils ont suggéré que je tenais là une occasion de… (Je ne pus redire ces mots qui me faisaient tant souffrir). Nous ne nous étions encore jamais affrontés aussi violemment. Carlisle s’est rangé de mon côté. Alice aussi. Esmée m’a seulement conseillé d’agir de façon à pouvoir rester parmi eux. (Esmée était pleine de compassion, et ce qu’elle voulait le plus au monde, c’était de voir sa famille uni et heureuse). Le lendemain, toute la journée, j’ai scanné les esprits de ceux à qui tu parlais, et j’ai été choqué de constater que tu tenais parole. Je ne te comprenais pas du tout. Je savais juste qu’il m’était impossible de m’impliquer plus avant avec toi. J’ai fait mon maximum pour m’éloigner. Et chaque jour, le parfum de ta peau, de ton haleine, de tes cheveux… me frappait aussi puissamment que lors de notre première rencontre.

Je voulais lui donner raison, après l’écart de conduite que j’avais eu plus tôt, j’étais désormais persuadé moi aussi, qu’elle ne risquait plus sa vie à chaque instant passé près de moi, même ici, sans témoins, je pouvais résister à sa fragrance. Je me tournais à nouveau vers elle pour qu’elle puisse lire dans mon regard toute la sincérité de mes paroles.

—– - Paradoxalement, tout aurait été plus facile si je nous avais exposés dès le début en cédant à mes impulsions. Il est trop tard à présent, même là, tout de suite, alors que nous sommes seuls, sans témoins.

Ses yeux pétillaient, et je présentais qu’elle brûlait de me poser une question, auxquels il m’aurait sûrement encore été difficile de répondre. Je repris alors pour la devancer.

—– - Isabella…

J’avais prononcé son nom en entier, même si je savais qu’elle n’appréciait guère. Je voulais qu’elle voie que j’étais sérieux. Mais son regard interrogateur et plein de malice me firent perdre le fils. Je lui ébouriffais alors les cheveux, un frisson la parcouru.

—– - … Bella, je ne me supporterais plus si je le faisais. Tu ne devines pas à quel point cela m’a torturé. T’imaginer immobile, blanche, froide… ne plus jamais te revoir rougir, ne plus jamais revoir cet éclat d’intuition allumer tes yeux quand tu pressens mes mensonges… ce serait intolérable. Tu es désormais l’élément le plus important de ma vie. De toute ma vie.

Sans m’en rendre réellement compte, je venais de lui avouer ce que je ressentais pour elle, ou du moins, une partie de mes sentiments. Je ne sais pas vraiment ce qui m’a poussé à le faire. Sans doute le soulagement de la non-réalisation de la prémonition d’Alice, ou était-ce une confidence de plus ? J’avais l’impression de livrer tout mes secrets un à un à Bella, sans retenue. J’aurais tant aimé qu’elle fasse de même. Peut-être attendait-elle que j’aie fait le premier pas… dans ce cas, c’était maintenant son tour de me livrer ses secrets.



Midnight sun chapitre 14 (Confession)

 Confession:

Confession

—– Je rentrai ma voiture dans le garage. Rosalie était allongée sous sa BMW pour une énième modification.

Je ne pus saisir le fond réel de sa pensée cette fois, elle s’appliquait à penser à autre chose. Elle était toujours furieuse que j’ai découvert la véritable raison pour laquelle elle ne supportait pas Bella. Et la seule raison pour laquelle elle ne m’avait pas encore arraché la tête, c’est parce que j’avais su garder sous silence cette révélation. Malgré sa concentration pour me cacher ses pensées, je pouvais y déceler beaucoup de peine et de colère. Et moi qui pensais avoir tout compris sur Rosalie, apparemment il y avait encore des choses qu’elle ne voulait pas que je sache. J’essayais alors de faire de mon mieux pour respecter son intimité. Elle ne me prêta aucune attention, ce qui me facilita la tâche. Mes angoisses me reprirent. La seconde d’après j’étais dans le bureau de Carlisle.

- Bonsoir Edward, que puis-je faire pour toi ? Pourquoi as-tu l’air si inquiet ? Il ne s’est rien passé de grave au moins ? Je ne veux pas penser au pire, j’ai confiance en toi, tu le sais. Mais je connais ce regard, et il n’annonce rien de bon.
- Et bien, pour le moment, il n’y a rien de grave, ce n’est qu’un avertissement.
- J’ai du mal à te suivre, qui nous met en garde ?
- Je reviens à l’instant de chez Bella, et un des anciens de la tribu Quileute, Billy Black, m’a vu avec elle. Il considère mon comportement envers elle comme une provocation. Bien sûr, techniquement, je ne transgresse pas le pacte, mais c’est très dangereux pour Bella, ainsi que pour nous et leur tribu. J’ai clairement vu dans son esprit qu’il avait la ferme intention d’éloigner Bella de moi. De la protéger de moi. Je ne peux pas le lui reprocher, mais si elle venait à m’éviter je ne sais pas comment j’arriverais à la supporter… Et si une guerre venait à éclater par ma faute…

Carlisle me coupa, il en avait assez entendu pour comprendre ma bataille intérieure.

- Ça me fait mal de te voir souffrir ainsi, tu ne le mérites pas. Tu as parfaitement droit au bonheur, et n’aies pas peur, Bella t’aime pour ce que tu es et rien de ce que pourra lui dire le vieux Quileute n’y changera. D’ailleurs, elle en sait sûrement plus sur toi que lui.
- Je sais que tu as raison, mais je ne peux m’empêcher d’y penser. Et le fait de passer une journée entièrement seul avec elle samedi ne va pas arranger mon état de stress.
- Et bien moi je sais ce qui pourra te détendre : une bonne partie de chasse, rien de tel pour un vampire stressé comme toi ! Intervint joyeusement Alice.
- Je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur moment pour me détendre, mais tu as raison, c’est nécessaire.

Et comme pour confirmer ce que je venais de dire, je pouvais voir notre partie de chasse qui se déroulerait le lendemain après-midi dans une de ses visions.

- Carlisle, je souhaiterais parler à tout le monde.
- Très bien, allons dans la salle à manger.

Il aurait été plus juste de dire, la salle de conférence, mais d’apparence, elle était plus proche d’une salle à manger. Sauver les apparences, c’est tout ce qui comptait pour assurer notre existence parmi les humains.

Tous le monde était assis autour de l’immense table, Carlisle à la place d’honneur, celle du chef de famille, Esmée à sa droite, moi à sa gauche. Alice et Jasper aux côtés d’Esmée. Emmett et Rose à mes côtés. Les couples se tenaient la main, tandis qu’Alice avait des visions de Bella, tantôt toutes deux main dans la main, tantôt Bella avec des yeux rouge sang.

- Alice, arrête ça s’il te plaît. Je ne supportais pas de voir Bella ainsi. Cette vision me faisait trop mal. Il était hors de question qu’il arrive une chose pareille à Bella. Je changerai le futur, je voulais passer du temps avec elle plus que tout au monde, mais jamais je ne mettrais fin à ses jours pour mon intérêt personnel, je serais vraiment un monstre de lui ôter toute chance de vivre une vie normale.
- Tu sais très bien que je ne contrôle pas mes visions ! me répondit-elle sèchement.
- J’ai pris ma décision sur ce point. Elle est ferme et définitive, ce ne peut donc pas être une vision que tu viens d’avoir. Tu aimerais que ça se passe ainsi, mais jamais je ne le permettrai !
- Tu te crois plus fort que tu ne l’es mon cher ! Votre destin est arrivé à un carrefour, et tu sais toi-même (même si tu refuses de l’admettre) que ce carrefour deviendra dans quelques jours une route à sens unique !
- C’est bon gamin, on a compris que tu ne voulais pas qu’il arrive quelque chose de mal à ta belle. Maintenant, ce qu’on aimerait savoir, c’est pourquoi tu nous as réunis ici.
- Quel idiot égoïste ! Je parie que c’est encore en rapport avec la fille ! J’aurais dû m’en charger moi-même bien avant qu’elle nous pose tant de problèmes! Le jour où ça tournera mal, ce sera trop tard !

Un grondement sourd roula dans ma gorge. Le plus égoïste de nous deux n’était certainement pas moi ! Et j’avais vu juste sur mes pronostics, seule Alice me soutenait vraiment. Carlisle me laisserait faire ce que je pensais être le plus juste, et Esmée ne s’opposerait ni à moi ni au reste de la famille. Ce qui me gênait le plus chez Alice étaient ses motivations !

- Si je vous ai demandé de venir, c’est pour vous annoncer que je passerai la journée de Samedi seul avec Bella. J’ai bien conscience que vous êtes indirectement concernés quand je passe du temps avec elle. Je ne vous demande pas votre approbation, je tenais juste à vous en informer.

J’essayais ensuite de concentrer mes émotions au maximum afin que Jasper ressente que mes avertissements étaient toujours valables. Inutile de me mettre à dos Alice qui était la seule à me soutenir, en les lui disant à voix haute !

- Même si je trouve que c’est stupide, je ne ferais jamais rien contre la volonté d’Alice, et pour une raison que je n’explique pas, elle est autant attachée que toi à cette fille ! Et je ne tiens pas non plus à me battre contre toi.

Cette fois, je m’appliquais à ressentir du soulagement et de la reconnaissance. Il y répondit par un bref mouvement des yeux. Cet échange n’avait pris qu’une seconde, et personne ne remarqua mes changements d’humeur.

- J’avais raison, tu n’es qu’un imbécile égoïste !! Comment oses-tu prévoir de passer du temps seul à seule avec elle ? Tu ne la vois pas suffisamment au lycée ? Tu es inconscient des risques que tu nous fais prendre à tous, juste pour une amourette, et si ça se trouve tu n’arriveras peut-être pas à résister si longtemps à son odeur ! Au moins, elle ne nous causera plus de problème si ça tourne mal ! lança rageusement Rosalie.
- Rose, je t’en prie, calme toi ! Tu es injuste avec Edward ! Il a déjà prouvé qu’il savait se contrôler en présence de Bella ! Me défendit Esmée.
En fait, j’ai plus peur pour son cœur que pour sa soif.

Ma rancœur contre Rose ne cessait d’augmenter, à chaque seconde elle atteignait des sommets ! Je savais que j’exposais ma famille à de graves problèmes à chaque minute que je passais avec Bella. Mais de là à réagir comme elle venait de le faire… elle ne se rendait pas compte du mal que ses paroles me faisaient ou le faisait-elle exprès ? Calme toi Edward, me rassérénais-je n’écoute pas Rosalie et tout ira bien. Et qu’entendait Esmée par « J’ai plus peur pour son cœur que pour sa soif » ? Il fallait que je réagisse, car tous venaient de remarquer ma seconde d’inattention.

- Je t’interdis de t’approcher d’elle Rose ! Et je te ferais remarquer que si je n’avais pas su contrôler mes réflexes au contact de son odeur, comme tu sembles le prétendre, il y aurait longtemps que Bella serait morte !

Je frissonnai de terreur à cette pensée. Et une autre image me vint à l’esprit, celle de Bella, pâle comme la mort avec un regard rouge sang… je me ressaisis. Cette soirée devenait très pesante !

A mon grand soulagement, Carlisle prit enfin la parole, comme un père pour faire taire les chamailleries de ses enfants.

- Edward, tu as droit au bonheur autant que chacun d’entre nous. J’ai confiance en toi et tu le sais. Si tu es vraiment certain que ce sera sans danger pour chacun d’entre vous, je n’ai aucune raison de m’y opposer. Je t’ai toujours soutenu dans tes choix et je te soutiendrai toujours.

Comme d’habitude, Carlisle me vouait une confiance aveugle que je ne méritais pas. Comment pouvait-il cautionner le fait que je passe une journée entière avec une humaine qui a un pouvoir si particulier sur moi, alors qu’il m’aurait été si aisé de lui faire du mal ?

- Rose, poursuivis-t-il, tu pourrais être plus compréhensive avec ton frère ! Tu vois de quoi je veux parler ?

Sur ce, elle se leva de table, me fusilla du regard en pensant à toutes les injures qu’elle connaissait, et partit se réfugier dans le garage. Carlisle venait de lui remémorer le jour où elle avait sauvé Emmett, qui se faisait tuer par un ours. Mais malgré cela, elle refusait de comprendre ce qui pouvait retenir mon attention chez Bella.

- Tu sais gamin, même quand je fais l’effort d’essayer de te comprendre, j’ai beaucoup de mal ! Mais après tout, c’est toi qui sais ce qui est le mieux à faire. Fais tout de même attention.
- Bien sûr que je vais faire attention ! Pour qui me prends-tu ? Je sais me contrôler ! Arrêtez de croire le contraire !

Et c’est moi qui venais de dire ça, alors que je n’étais absolument sûr de rien !

- Je te crois Edward, me dit Esmée. Je sais que tu es beaucoup attaché à cette jeune fille. Et que pour rien au monde tu ne voudrais lui faire de mal intentionnellement. Je te soutiens, tu ne te rends pas compte à quel point tu as changé grâce à elle, et rien que pour ça, je l’apprécie déjà beaucoup !
- Tu sais déjà ce que je pense de tout ça, je n’ai rien d’autre à ajouter. Je pense que tu fais une grosse erreur en t’impliquant dans la vie de cette fille. Mais peut-être que je me trompe. Si on se fie aux visions d’Alice, elle ne s’en tire pas trop mal.

Évidemment, Jasper avait pris soin de ne pas dire ça devant Alice !

Après ce tour de table, je n’avais qu’une envie : partir pour réfléchir au calme. Faire le point sur les évènements de ces derniers jours. Je ne me reconnaissais plus, que m’arrivait-il ?

- Alice, commençais-je, je te remercie pour ton soutien, Carlisle pour ta confiance sans faille et Esmée pour ta compassion. Emmett, quant à toi, merci de m’écouter m’apitoyer sur mon sort sans broncher !
Quand tu veux mon frère !
- Pour ce qui est de passer la journée de samedi avec Bella, ma décision est prise. Alice, peux-tu me dire si c’est sans risque ?
- Je ne te vois pas en train de la tuer si c’est ce que tu veux savoir. Dit-elle en scrutant un avenir trop flou pour que j’y voie quelque chose.
- Merci. Pour ce qui est de l’avenir après cette journée, je ne peux rien dire pour l’instant. Tout dépendra des évènements.

Les pensées de chacun se bousculaient dans ma tête comme dans un hall de gare. Les pensées étaient si différentes d’une personne à l’autre et en même temps, si semblables. Tous craignaient que cette journée se termine mal, mais tous n’avaient pas les mêmes raisons. Carlisle malgré sa foi en moi avait peur pour la fille Swann, Esmée avait peur que cette fille me détruise de l’intérieur, Alice se sentait mal de ne pas pouvoir voir l’avenir précisément tant il y avait encore de décisions à prendre, Rose craignait de devoir déménager encore une fois, Emmett craignait que je perde la raison, et Jazz avait peur que je prenne la mauvaise décision.

Nous quittâmes alors la table pour retourner à nos occupations nocturnes.

Je m’assis au piano et jouai la berceuse de Bella. Cette mélodie était si belle, je ne m’en lassais pas. Mes doigts volèrent au dessus des touches, et prirent la direction d’un nouveau couplet, qui complétait l’histoire de la jeune fille endormie, par une perspective d’avenir à deux. Tout cela n’était que rêveries, mais la mélodie n’en était que plus enivrante. Esmée se plaça derrière moi pour m’écouter jouer. Elle aimait me voir au piano.

- Oh…ta berceuse a évolué… c’est vraiment magnifique, ne t’arrête pas.

Je ne répondis pas, et elle comprit que j’avais besoin de me retrouver seul pour le moment. Elle ne m’en voulut donc pas lorsque je sortis de la maison pour aller dans la forêt.

A peine traversé la rivière d’un bond, je me mis à courir, le plus vite possible, afin d’échapper à mes sentiments que je n’arrivais pas à comprendre. Tout ce qui m’était arrivé depuis l’arrivée de Bella me dépassait complètement. J’avais l’impression de perdre le contrôle de mon esprit et de mon corps. Certes, je pouvais maîtriser mon corps de vampire face au délicieux et enivrant parfum de Bella, mais je ne pouvais pas maîtriser mon corps d’homme face à son charme. Pour la simple et bonne raison que je n’y avais jamais été préparé en plus de 100 ans d’existence !

Je m’arrêtai enfin, dans une petite clairière, suffisamment éloignée de toute civilisation pour éviter de me laisser déconcentrer par quoi que ce soit et réfléchir en paix. J’aimais beaucoup cet endroit. C’est ici que je comptais emmener Bella samedi. J’étais sûr que l’endroit lui plairait. Du moins, je l’espérais, car je me trompais assez souvent pour anticiper ses réactions.

Je m’allongeai dans l’herbe humide, un petit vent caressa mes cheveux. Tout ceci était si agréable que j’en oubliai presque l’objet de ma venue.

Ma mémoire étant aussi précise qu’un film, je me repassai dans ma tête tous les moments passés avec Bella, essayant de trouver son secret. Pourquoi m’attire-t-elle à ce point ? Moi qui suis resté insensible au charme de dizaines de femmes ? Qu’est-ce qui avait changé ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ?

Je restais ainsi immobile pendant de longues heures, à chercher des réponses que je ne trouverais sûrement pas ce soir. Je laissai alors ces questions sans réponse pour un autre jour. D’autres questions étaient également sans réponse depuis bien trop longtemps. Il fallait que je comprenne le but de cette vie sans fin.

Pourquoi Carlisle m’a choisi moi ? Il y avait tant d’autres jeunes hommes en train de mourir de la même façon que moi. Et pourquoi ma mère a tant insisté pour qu’il me sauve ? Connaissait-elle l’avenir qui m’attendait en agissant ainsi ? Comment pouvait-elle savoir que Carlisle était un vampire ? Non c’était impossible ! Elle devait sûrement délirer à cause de la fièvre et elle était inconsciente que je me trouvais dans le même état qu’elle. Elle devait sûrement penser que je n’étais pas touché mortellement et qu’une guérison était possible. Et Carlisle a pris son délire pour une révélation. Il pensait qu’elle savait quel avenir j’allais avoir en s’adressant ainsi à un vampire. Mais elle l’ignorait !

Dois-je en conclure que toute ma vie n’est qu’un mal entendu ? Et pourquoi l’immortalité me pèse à ce point ? Quand je vois le reste de ma famille qui vit dans le bonheur, je me sens vraiment à part. J’ai parfois l’impression d’être un étranger. Bien sûr ma mère et mon père font tout ce qu’ils peuvent pour que je me sente le mieux possible. Mais je vois bien qu’ils ne comprennent pas ma solitude. Je ne la comprends pas moi-même ! Esmée se demande s’il ne m’a pas manqué quelque chose à mon accomplissement, tandis que Carlisle a peur de m’avoir transformé trop jeune. Ils ont peut-être raison.

En plus de cent ans, je n’ai jamais rien ressenti pour personne, à part de l’affection fraternelle.

Les questions se bousculaient dans ma tête sans parvenir à trouver de réponses. Étais-je une cause perdue ? Et si c’était le cas, qui se battrait pour moi ? J’avais souvent entendu les humains dire dans des cas désespérés : « nulle cause n’est perdue tant qu’il y a encore un fou pour se battre pour elle » qui serait mon fou dans ce cas ?

Soudain, mes pensées allaient de plus en plus vite, j’étais sur le point de comprendre quelque chose d’important, pourtant je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus… j’étais frustré au plus haut point de ne pas comprendre plus vite. Je fis alors le cheminement de mes interrogations à l’envers, et je compris enfin…Bella !

C’était elle la clé. Une partie alors de mes questions trouvèrent enfin une réponse. Je mis alors en parallèle mes interrogations sur elle et celles sur moi-même. Le but de ma vie était en rapport avec elle, c’était évident. Sinon pourquoi serait-elle venue jusqu’ici alors que Forks est un condensé de tous ce qu’elle déteste ? Nos destins sont apparemment étroitement mêlés, mais je doute qu’ils se rejoignent un jour. Nos espèces étaient incompatibles. Pourtant elle seule a su toucher mon cœur, elle a su me faire voir l’existence autrement que comme un tunnel sans fin. Elle est la lumière qui manquait à ma vie. Ma mission, ou plutôt le but de ma vie, serait alors de la protéger jusqu’à sa mort. Je devrais veiller à son bonheur sans pour autant pouvoir le partager. Cette pensée me fit vraiment mal, mais je devais être réaliste. La vision d’Alice ne se réalisera jamais tant que j’existerais.

Je continuai ainsi de faire le lien entre Bella et mes questions existentielles, lorsqu’un sentiment d’angoisse s’empara de moi. Je ne mis que quelques dixièmes de secondes pour comprendre. Le jour allait se lever dans 4h et je n’avais toujours pas été rendre une visite nocturne à Bella. Avait-elle déjà parlé ? Déjà rêvé ?

Je me remis à courir en direction de Forks. Elle dormait paisiblement lorsque j’entrai par la fenêtre. Un grand sourire s’étira sur mes lèvres, et tout mon être se détendit à la vue de cet ange endormi. Je ne m’étais pas trompé, le but de mon existence était lié à elle. Mais dans quelles proportions ? Je n’arrivais pas à détacher mes yeux d’elle. J’aurais pu la contempler ainsi durant des heures, la regarder était si apaisant, que j’en oubliai bientôt toutes mes incertitudes de la nuit pour me souvenir uniquement de son doux visage entouré de cheveux ondulant sur l’oreiller.

Je restai ainsi jusqu’au réveil de Charlie. Ma muse n’avait pas dit un mot, juste des murmures incompréhensibles, même pour une oreille sensible comme la mienne, mais qu’importe, le principal était de pouvoir la contempler, elle était si apaisante pour moi.

Je dus m’arracher de ma contemplation pour aller chercher ma voiture et la laisser se préparer.

Arrivé à la villa, Alice m’attendait. Elle voulait me demander quelque chose mais s’appliquait à me le cacher.

- Arrête de tricher ! Tu m’enlèves tout mon plaisir à tout savoir avant que j’aie eu le temps de l’annoncer ! Samedi sera une journée ensoleillée ! C’est bien ce que tu voulais non ?
 - Oui, merci Alice. Tu voulais me dire autre chose ? 
- N’oublie pas notre partie de chasse de cet après-midi !
- Ne t’inquiète pas, je sais que cela est nécessaire pour limiter les risques de demain. D’ailleurs, j’aurais dû aller chasser avant, c’est idiot de ma part d’exposer Bella à pareil danger.
- Ne t’en fais pas, tout va bien se passer. Pour aujourd’hui, je peux t’assurer qu’il ne lui arrivera rien !
- Merci sœurette ! À tout à l’heure alors !

Je me garai ensuite à la place que Charlie venait de quitter. Je pouvais entendre Bella siffloter, je souris encore, mes tourments de cette nuit étaient bien loin à présent.

Elle descendit les marches en toute hâte, elle se rua dehors et vint s’installer sur le siège à côté de moi. Lorsque je lui souris pour l’accueillir, son cœur cessa de battre. L’avais-je encore éblouie ? Le fait d’avoir ce pouvoir sur elle me plaisait, et d’une certaine manière rendait les choses un peu plus équitables. Nous étions éblouis l’un par l’autre. Son humeur joyeuse me gagna et balaya toutes mes pensées négatives au passage.

- Tu as bien Dormi ? Demandai-je
- Comme un loir. Et toi, ta nuit ?

Son haleine vint me chatouiller la gorge, je ressentis la brûlure habituelle, cependant, j’avais fait l’erreur de ne pas aller chasser plus tôt… comme aujourd’hui était encore ma journée de questions, j’inspirai profondément, mes muscles réagirent immédiatement, mais je pouvais garder le contrôle… c’est ce que je voulais vérifier. Alice avait raison, aujourd’hui (ou plutôt, ce matin seulement) il n’arriverait rien à Bella.

- Agréable, rigolai-je. Si on peut qualifier d’agréable le fait de se morfondre toute une nuit. Mais la seule image qui me revenait en mémoire était celle de Bella, paisiblement endormie. Oui, c’était agréable.
- Ai-je le droit de te demander à quoi tu l’as consacrée ? demanda-t-elle avec des yeux curieux.
- Non, m’esclaffai-je. Aujourd’hui est encore mon jour.

Aujourd’hui mes questions étaient plutôt ciblées sur les personnes qui ont fait partie de la vie de Bella. Je choisis de commencer par les personnes les plus proches d’elle, c’est-à-dire Renée. Je voulais tout connaître, ses passions, les activités qu’elles faisaient ensemble, les choses qu’elles aimaient toutes les deux. Je m’intéressai ensuite à ses grands-parents. Elle m’apprit qu’elle n’avait connu qu’une seule de ses grand-mères. Je trouvais ça triste, c’est tellement intéressant de connaître ses ancêtres, pouvoir savoir d’où l’on vient. Pour moi, c’était presque vital, mais j’avais également l’éternité pour ça !

La matinée passa à un rythme hallucinant, je retrouvai Bella à la cafétéria à l’heure du déjeuner, une petite routine s’était installée entre nous sans que je m’en aperçoive. Nous avions même notre table ! J’en profitai pour continuer mon flot de questions.

Après la famille, je passai ensuite aux amis d’école. A ma grande surprise, ils n’étaient pas nombreux. Je tombai alors de haut lorsque mes questions portèrent sur les garçons avec lesquels elle était sortie et qu’elle m’apprit qu’elle n’avait eu aucune aventure. Je vis que je l’embarrassais avec ce sujet, lorsque ses joues se parèrent d’un rose ravissant. A son âge, toutes les jeunes filles ont déjà eu un petit-ami. Mais n’étais-je pas le mieux placé pour comprendre le désert de sa vie sentimentale ?

- Personne ne t’a jamais attirée ? insistai-je tout de même avec gravité. Des fois qu’elle aurait voulu me cacher quelque chose. Je voulais qu’elle ait confiance en moi, et qu’elle n’hésite pas à me faire des confidences.
- Pas à Phœnix, reconnu-t-elle à contrecœur.

Alors, si ce n’était pas à Phœnix, c’était ici, et bien sûr c’était moi ! Cette fille était vraiment un aimant à problèmes. Il fallait que le seul garçon dont elle tombe amoureuse soit un vampire. Dans d’autres circonstances, j’aurais sûrement ri à tant d’ironie, mais là, la situation était trop dangereuse.

Et, le rose de ses joues signifiait deux choses pour moi. D’une, je la mettais mal à l’aise, et je détestais ça. Et de deux, elle devenait vraiment appétissante pour un vampire qui n’avait pas chassé depuis trop longtemps… cette pensée me rendait malade… pour toutes ces raisons, je fis tourner court ce sujet.

Elle profita de mon silence pour mordre dans son beignet avec appétit.

- N’oublie pas notre partie de chasse Edward ! Me prévint silencieusement Alice.

La partie de chasse ! J’avais failli l’oublier. Bella me fascinait tellement que j’en oubliais le reste. Et comment allait-elle rentrer ce soir ? Je ne serai pas là pour la raccompagner.

- Nous aurions dû prendre ta voiture, annonçai-je.
- Pourquoi ? demanda-t-elle surprise.
- Je pars avec Alice après le déjeuner.
- Oh, murmura-t-elle visiblement déçue. Ce n’est pas grave, je rentrerai à pied.
- C’est exclu ! Me vexai-je, jamais je ne l’aurais laissée faire tant de route seule et à pied, j’étais un gentleman ! Nous irons chercher ta camionnette et la laisserons sur le parking.
- Je n’ai pas les clés sur moi. Je t’assure, ça m’est égal de marcher.

Pensait-elle réellement qu’une simple clé pouvait m’arrêter ? Elle aurait sa voiture, ce ne serait pas la première fois que j’explorerais sa maison, j’en connaissais quelques recoins, et j’aivais un odorat infaillible, (ne l’oublions pas). Alors si avec tous ces atouts je ne suis pas capable de mettre la main sur ses clés, ce serait un comble !

- Ta voiture sera là, et la clé sur le contact. A moins que tu craignes qu’on te la vole, plaisantai-je. Rien que l’idée de me voir en train de voler son antiquité, alors qu’une Aston Martin Vanquish m’attendait au garage, je ne pus retenir un sourire.
- D’accord, accepta-t-elle en pinçant les lèvres.

Me mettait-elle au défi de trouver ses clés et de lui apporter sa voiture ? Si c’était le cas, ça serait vraiment un jeu d’enfant !

- Où allez-vous ? me demanda-t-elle ensuite pour changer de sujet. Elle devait être sûre que je ne trouverais jamais ses clés. Elle me le demanda sur le ton de la conversation comme si la réponse ne l’intéressait guère, mais ses yeux curieux la trahissaient.
- Chasser, lui répondis-je le plus honnêtement possible. Si je dois passer une journée seul avec toi, je préfère prendre un maximum de précautions.

Elle devait connaître le risque qu’elle encourait en désirant ma compagnie.

- Tu peux toujours annuler, tu sais… murmurai-je. J’aurais voulu qu’elle me réponde qu’il serait plus raisonnable de ne pas sortir seuls toute une journée, qu’elle me dise qu’elle avait peur, que j’avais eu raison de la mettre en garde, et qu’il était préférable qu’elle suive mes conseils pour une fois. Mais une autre partie de moi redoutait qu’elle prononce ces mots, ils auraient été tellement douloureux. Et il fallait que ce soit elle qui les prononce, car j’en étais incapable. 
- Non, refusa-t-elle aussitôt. J’en suis incapable.
- Malheureusement, c’est sans doute vrai.

Nous étions incapables de nous détacher l’un de l’autre. Je n’arrivais toujours pas à comprendre ce phénomène d’ailleurs. Ce qui était sûr par contre, c’est que sa réponse était tout sauf une bonne nouvelle, hormis le fait que je jubilais qu’elle désire ma compagnie, je prenais conscience de ce que cela signifiait pour nous.

- A qu’elle heure seras-tu là, demain ? S’enquit-elle.
- Tout dépend… c’est samedi, tu ne veux pas faire la grasse matinée ? Après tout, elle était humaine, et comme tous les humains, elle appréciait sans doute de dormir plus tard le week-end. Mais étant donné qu’elle ne faisait rien comme les humains ordinaires, une fois encore je me trompais peut-être.
- Non. Son empressement pour me contredire me fit rire.
- Comme d’habitude, alors. Charlie sera là ?
- Non, il part à la pêche.

Ainsi, personne ne l’attendrait chez elle. Je n’aimais pas cette perspective.

- Et si tu ne reviens pas, lançai-je sèchement, que va-t-il penser ?
- Aucune idée. Il sait que j’avais projeté des lessives. Il se dira que je suis tombée dans le lave-linge.

Sa plaisanterie eu pour seul résultat de me mettre colère. Comment pouvait-elle prendre à la légère quelque chose d’aussi grave ! Je venais de lui suggérer que je pouvais la tuer à loisir sans témoin, et elle me riait au nez.

Elle me rendit mon regard noir, mais le sien n’était rien comparé au mien. Ce qui eut au moins pour effet de lui montrer que je ne plaisantais pas.

- Que chasserez-vous, ce soir ? S’intéressa-t-elle, comme s’il s’agissait d’une chose anodine. J’avais vraiment beaucoup de mal à déchiffrer sa logique !
 - Ce que nous trouverons dans le Parc régional. Nous n’avons pas l’intention d’aller très loin. Répondis-je un peu perplexe.
- Pourquoi y vas-tu avec Alice ?
- Elle est celle qui… me soutient le plus, avouai-je tristement. J’aurai préféré qu’elle ne me pose pas la question, mais je ne voulais pas lui mentir. Il s’agissait de ma famille, et j’aurais préféré qu’ils soient plus tolérants avec elle.
- Et les autres ? Comment réagissent-ils ?
- Avec scepticisme, pour la plupart, nuançai-je, pour ne pas dire avec colère ! Inutile de lui dire que la majorité de mes frères et sœurs me prenait pour un fou, incapable de ramener Bella chez elle saine et sauve.

Je la vis inspecter brièvement mes frères et sœurs, assis à leur place habituelle.

- Ils ne m’aiment pas, affirma-t-elle.
- Ce n’est pas ça, objectai-je, essayant malgré tout de les défendre. Ils ne comprennent pas pourquoi je ne te fiche pas la paix.
- Ça alors, moi non plus, figure toi !

Je secouai la tête, exaspéré. Pourquoi avait-elle toujours une opinion si négative d’elle-même et surtout si fausse ?

- Je te l’ai déjà dit, tu n’as aucune conscience de qui tu es. Tu ne ressembles à personne. Tu me fascines.

Elle me lança un regard désapprobateur, mais si peu crédible, je ne pus m’empêcher de rire.

- Avec mes talents… particuliers, murmurai-je en effleurant discrètement mon front, j’ai une capacité hors du commun à saisir la nature humaine. Les gens sont prévisibles. Mais toi… tes réactions sont déconcertantes. Tu m’intrigues. Ce n’est qu’une partie du problème, la plus facile à expliquer. Il y en a une autre cependant… pas aussi aisée à décrire…

Soudain j’entendis les vociférations de Rosalie hurler dans ma tête. Elle m’en donna presque la migraine !

- Il est encore avec elle ! Mais qu’est-ce qu’il lui trouve à la fin ? Edward, tu n’es qu’un imbécile égoïste ! Je te préviens, je refuse de quitter cette ville et de tout recommencer à zéro juste parce que tu n’auras pas su te maîtriser demain ! Après tout vous serez seul et sans témoin, donc ce ne sera pas la peine de déménager ! Et qu’est-ce qu’elle a à me fixer comme ça ?

Sa tirade continua en un flot d’injures envers Bella. Je la fis taire d’un grognement étouffé que seules des oreilles de vampire étaient capables d’entendre, à l’exception de Bella qui se trouvait trop près de moi. Je tournai ensuite les yeux vers elle. Elle était terrorisée par Rose, et complètement déboussolée par le regard qu’elle lui avait lancé ! Il va falloir qu’on ait une petite discussion.

- Désolé, m’excusai-je pour ma sœur, même si elle ne le méritait pas. J’avais du mal à maîtriser ma colère, et en plus je devais lui trouver une raison valable d’agir ainsi ! Elle est inquiète, continuai-je, rien de plus… c’est que… ce ne serait pas dangereux uniquement pour moi si, après m’avoir fréquenté de façon aussi ostensible, tu… je n’arriverais jamais à prononcer ces mots…
- Je ? Insista-t-elle
- Les choses se terminaient… mal.

Je cachai mon visage, je ne voulais pas l’effrayer avec mes expressions qui devaient être celles d’un homme torturé, par l’image de celle qu’il aime, tuée par lui. Le mélodrame de l’amour impossible se jouait alors dans ma tête, le tout ponctué par les visions embrumées d’Alice.

- Ne crains rien Edward, je ne te laisserai jamais lui faire de mal. Jasper a senti ton angoisse, mais je peux t’assurer que tout va bien se passer demain. Et surtout n’écoute pas Rose, elle ne comprend pas et elle a peur que tu commettes quelque chose de dangereux pour nous. Pensa-t-elle à mon attention.

Je ne savais pas comment interpréter ce qu’elle venait de penser. D’un côté elle disait que je ne lui ferais aucun mal, et d’un autre, qu’elle protègerait Bella de moi, si je venais à perdre le contrôle. L’avenir était trop flou pour qu’elle me voie précisément. Je devais prendre des décisions. Je sentais qu’elle me cachait encore quelque chose.

- Tu dois absolument partir maintenant ? demanda-t-elle le plus naturellement possible, mais elle ne parvenait pas à dissimuler sa frustration.
- Oui…
- Ressaisis toi Edward, me coupa Alice, nous devons partir maintenant. Je sais que tu souffres de ta soif et je te rappelle qu’il reste encore un quart d’heure de ce film en Biologie. Tu ne le supporterais pas.
- …C’est mieux ainsi, continuai-je. Il reste encore un quart d’heure de ce maudit film à visionner en biologie, et je ne crois pas que j’arriverai à le supporter.

Rien que d’y penser, j’eus des frissons tout le long du dos, et le dos de ma main me picotait à nouveau, tandis que la brûlure de ma gorge s’intensifiait.

- Présente-moi, s’il te plaît. Pensa Alice, qui était déjà arrivée derrière moi.

Bella sursauta, elle ne l’avait pas vue venir.

- Alice, la saluai-je.
- Edward. Allez, ne te fais pas prier, présente-moi. Tu me dois bien ça ! Je suis la seule à te soutenir je te signale !
- Alice, Bella ; Bella, Alice, les présentai-je finalement. Elle avait vraiment le don de marchander à son avantage.
- Salut ! Ravie de te rencontrer enfin, dit-elle à Bella. Merci Edward, je sens que bientôt nous serons inséparables.

J’aurais voulu lui répondre de ne pas trop s’emballer, mais Bella aurait intercepté le moindre souffle sortant de ma bouche, et je ne voulais pas qu’elle pense que je lui cachais quelque chose.

- onjour, murmura Bella, intimidée par ma sœur.
- Tu es prêt ? me lança Alice. Nous devons partir avant la reprise des cours.
- Presque. Je te retrouve à la voiture, dis-je sans quitter Bella des yeux. Je voulais m’assurer avant de partir, qu’il ne lui arrivera rien en mon absence.

Alice s’éloigna, impatiente de commencer la chasse, elle souffrait cependant beaucoup moins que moi de la soif, et le fumet de chevreuil était écœurant comparé à celui qui me brûlait la gorge.

- Aurais-je dû lui souhaiter de bien s’amuser ou ça aurait été déplacé ? S’enquit-elle.
- Non, ça aurait convenu, rigolai-je.
- Amuse-toi bien, alors, me dit-elle, feignant l’entrain. Elle était vraiment mauvaise comédienne. Elle devait aussi souffrir de l’éloignement, mais ce n’était rien comparé à moi ! Mais étant donné mon manque de sang, une partie de chasse était le remède idéal pour me changer les idées. Et demain je passerai la journée avec elle. Ce qui rendit encore plus acceptable mon activité de cet après midi.
- J’y compte bien. Quant à toi, tâche de rester en vie.
- A Forks ? Quel défi ! Se moqua-t-elle.
- Pour toi, c’en est un, dis-je le plus sérieusement possible. Je voulais pouvoir chasser l’esprit en paix. Et chanceuse comme elle était, je ne voulais prendre aucun risque. Elle en prendrait suffisamment le lendemain sans avoir besoin d’en rajouter aujourd’hui ! Promets !
- Je promets de rester en vie, ânonna-t-elle. Je m’occuperai de la lessive ce soir, voilà qui ne devrait pas être trop dangereux.
- Ne tombe pas dedans, raillai-je.
- Je ferai mon possible.

Nous nous levâmes

- A demain, soupira-t-elle d’un air désespéré.
- Ça te semble si loin que ça ? Plaisantai-je. Je ne pouvais pas concevoir que ce soit plus pénible pour elle que pour moi.

Pour toute réponse, elle hocha la tête d’un air lugubre.

- Je serai là à l’heure, jurai-je en lui souriant. J’y serais même avant !

Je ne pouvais pas me permettre de lui déposer un baiser sur le front en guise d’au revoir. J’aurais tellement voulu pourtant. Je devais lutter contre mon envie presque instinctive de me pencher vers elle pour lui déposer un délicat baiser sur son front si doux et si fragile. Je me contentai alors d’effleurer sa joue. Son contact était tellement agréable. Tellement plaisant. Trop plaisant. La brûlure de ma gorge s’intensifia. Je devais partir à présent, avant de me laisser emporter par mes instincts destructeurs.

Alice m’attendait dans la voiture, immobile, les yeux perdus dans le futur proche qu’elle scrutait. Je reconnus la clairière où j’avais l’intention d’emmener Bella le lendemain. J’avais toujours la sensation qu’elle me cachait quelque chose, mais elle s’appliquait trop pour que je puisse voir ce que c’était.

- Que me caches-tu ? C’est à propos de Bella ? De demain ?
- Sois patient s’il te plaît, je ne suis sûre de rien pour le moment, je t’en parlerai tout à l’heure. Et arrête de m’espionner !!
-Très bien. Je vais essayer. Mais tu sais que je déteste quand tu fais ça !

Je ne voulais rien laisser paraître, mais en réalité, j’étais terrifié. Qu’avait-elle vu qui l’inquiétait ? Je me rappelai ensuite ce qu’elle avait dit la nuit dernière. Des décisions restaient à prendre, notre relation devait prendre une direction. Elle ne pouvait pas rester ainsi, instable et dangereuse pour tout le monde. JE devais prendre une décision.

Je m’arrêtai à côté de la camionnette de Bella, cette fois je n’entrerai pas par effraction. Toutes les maisons américaines avaient une cachette secrète pour la clé de la porte d’entrée. Celle-ci ne faisait sûrement pas exception. En effet, Alice ne mit pas longtemps à la trouver. J’entrai, ma sœur sur les talons. Alice s’occuperait du rez-de-chaussée, et moi de l’étage. Je pénétrai d’abord dans sa chambre, et utilisai mon odorat. Rien. La dernière fois que j’avais vu Bella avec sa camionnette, elle portait un jean. Je me dirigeai alors dans la salle de bain, et là, je ne mis qu’une seconde pour prendre la clé qui était dans la poche du fameux jean !

Je rejoignis Alice et lui confiai les clés. Dans la cuisine, je rédigeai un petit mot à l’attention de Bella, pour qu’elle pense à moi, et qu’elle soit prudente. C’était certes un geste égoïste de ma part, mais je ne pouvais m’en empêcher.

- Pourras-tu déposer ceci sur le siège conducteur en laissant les clés sur le contact ?
- Bien sûr, ne t’inquiète pas, je sais ce que j’ai à faire. On fait la course ? dit-elle d’un ton espiègle.

Arrivé à la maison, Alice avait déjà franchit la rivière. Elle m’avait devancé malgré le fait qu’elle conduise l’antique Chevrolet de Bella. Elle était vraiment pressée. Mais qu’elle était sa priorité, me dire ce qu’elle avait vu ou chasser ? Je la suivis, et la rattrapai rapidement. Elle me cachait toujours ses pensées. J’en profitai donc pour essayer de prendre la fameuse décision manquante.

A vrai dire, je n’avais aucune idée de la façon dont se passerait la journée de demain. La meilleure chose à faire serait de montrer à Bella ma vraie nature. Elle devait me voir tel que j’étais réellement, un vampire, un monstre. Ensuite, ce serait à elle de faire son choix…

- NON !!!

Alice venait de pousser un cri de douleur qui la stoppa net dans sa course. Et étant donné que je lui avais dit que je ne l’espionnerais pas, je n’avais pas vu ce qui l’avait effrayé à ce point, mais ce dont j’étais sûr, c’est que ça provenait de sa vision.

- Je t’en prie Alice, dis-moi ! Dis-je désespérément.
- Edward, c’est horrible, je… j’ai vu… hoqueta-t-elle
- Alice, la suppliai-je.
- Je t’ai vu avec Bella, demain, dans la clairière…
-Jusque là, tout est normal, mais ce n’est pas ça qui t’a tant effrayé.
- Edward, promets-moi de faire attention. 
- Alice, la pressai-je.
- Je t’ai vu tuer Bella !

A cet instant, j’eus l’impression que la terre s’était arrêtée de tourner. Je ne voyais plus rien, n’entendais plus rien, ne ressentais plus rien. Tout mon être était anesthésié par la douleur qui venait de me transpercer. Comment Alice pouvait-elle m’avoir vu tuer Bella alors que je n’avais pris aucune décision. Sauf celle de me montrer à Bella tel que j’étais. Je voulais qu’elle voie ma vraie nature. C’était le seul moyen pour que notre relation prenne une direction. A cet instant, la véracité de la prédiction d’Alice me frappa une nouvelle fois. Encore plus douloureuse, car je m’apercevais qu’en voulant me montrer honnête, je planifiais le meurtre de ma muse. Je me dégoutais moi-même.

- Je n’irais nulle part demain, dis-je d’une voix que je ne reconnus pas.
- Oh que si, tu iras dans cette clairière ! La décision que tu as prise ne conduit pas nécessairement à ma vision. Je te rappelle qu’elles sont changeantes selon les choix que nous faisons.
- Mon choix est fait et je ne peux en changer. Je dois montrer à Bella ma vraie nature. C’est essentiel. L’image qu’elle se fait de moi est complètement fausse. Il faut que je lui montre que les vampires ne sont pas des anges.
-Je suis d’accord avec toi, Edward. Il faut que tu te comportes naturellement avec elle. Cependant, je t’en prie. Fais attention… je l’aime tu sais.
- Je sais que tu tiens à elle, mais n’exagère pas. Tu ne l’aimes pas comme je l’aime. Et qu’as-tu en tête ? Je ne peux pas passer la journée avec elle alors que tu me vois la tuer !
- Ma vision se basait sur le moment présent pour interpréter l’avenir. Tu viens de prendre une décision et tu es dans un état critique pour un vampire. Tu es vraiment en manque de sang. Si tu étais resté en cours avec Bella cet après-midi, je ne te garantis pas qu’elle s’en serait sortie indemne ainsi que toi d’ailleurs. Mais demain, quand tu serais seul avec elle, tu auras fait le plein d’hémoglobine, ce qui changera la donne. Mais ça, je ne peux pas le prévoir pour le moment. Comme je te l’ai déjà dit, mes visions changent, et en ce qui vous concerne, j’ai l’impression de tout le temps voir flou !

Je voyais bien qu’elle essayait de me rassurer comme elle le pouvait, mais rien n’y fit. Et la meilleure chose à faire était de mettre tout de côté pour le moment. Ma gorge me brûlait horriblement et mes instincts étaient à l’affût d’un Puma qui se trouvait 500 mètres plus à l’est. Quant à Alice, elle suivit la trace d’un troupeau de biche. Elle commença par le cerf qui était en chef de file.

Dans le parc national, nous pûmes trouver nos mets préférés. Après quelques pumas et un petit troupeau de biches et chevreuils, nous fûmes rassasiés. J’avais l’impression d’être gorgé de sang au maximum, à tel point, que j’en étais presque écœuré. Mais au moins maintenant j’avais l’esprit plus clair. Je n’étais plus esclave de ma soif. Alice avait également l’air plus sereine. Elle eu encore une vision. Moi dans la clairière, caché à l’ombre des arbres, le regard noir, et Bella dans les rayons du soleil, me regardant avec ses yeux curieux. Elle ne semblait pas effrayée, elle m’attendait.

- C’est demain que tu devras prendre une décision Edward. Me dit Alice. Tu devras choisir entre elle vivante ou elle morte.
- Comment peux-tu me demander un choix pareil ? C’est de la torture ! Et mon choix est fait d’avance : elle restera en vie ! Dis-je d’un ton catégorique.
- Nous verrons ça demain mon cher. Mais je t’en supplie, fais attention, n’oublie pas qui tu es !

J’avais vraiment du mal à suivre son raisonnement. Je tremblais presque à l’idée que demain pourrait être fatal à Bella. Je ne voyais pas comment cette fameuse décision ne pouvait être prise que demain.

Je me repassais la vision d’Alice dans la tête, la posture que j’adoptais dans la clairière me faisait presque peur à moi-même. Qu’avait fait ou dit Bella pour me mettre dans un état pareil ?

Alice quant à elle, continuait de scruter l’avenir, mais ne trouva rien d’autre qui aurait pu m’aider.

Nous restâmes dans le parc un moment, à analyser les possibilités de l’avenir proche. Alice avait confiance en ses visions, et j’aurais aimé pouvoir dire la même chose.

De retour à la villa, je voulais éviter de passer par le salon où Rose passait en revue toutes les chaînes du câble. Je ne supporterais pas une nouvelle dispute avec elle dans mon état de nerfs. Mais à mon grand étonnement, Rosalie n’était pas d’humeur hostile ce soir. Ses pensées étaient toutes focalisées sur la télévision.

- Elle m’a promis de ne plus te harceler jusqu’à demain, pensa Emmett.
- Merci, lui soufflai-je.

Les pensées de Rose me laissaient cependant entrevoir qu’il y avait un pari dans l’air. Je préférais partir en courant plutôt que de laisser exploser ma colère. C’est sur la vie de Bella qu’elle pariait !

C’est uniquement lorsque j’atteignis la maison de Bella que je ralentis mon allure. Cette fois je ne savais pas si j’allais franchir sa fenêtre. J’étais conscient plus que jamais des risques que je lui faisais prendre. Et mes craintes avaient redoublé face aux révélations d’Alice. La journée de demain serait vraiment un tournant pour nous deux.

Je faisais les cents pas sous sa fenêtre, indécis. Tout ce que je désirais, c’était de la voir dormir. Je le faisais toutes les nuits, et je ne lui avais jamais rien fait de mal, je n’avais jamais fait quelque chose qui aurait pu la mettre en danger. J’avais toujours su respecter une distance avec elle lorsque je venais en douce. Non, je ne devais pas faire d’erreur. Je me contentai alors de tendre l’oreille, pour essayer tout de même d’entendre ses merveilleux murmures. Mais hélas, je n’entendais rien d’autre que sa respiration calme et régulière. Elle dormait profondément.

C’est alors, que face à cette situation qui me semblait sans risque, je me glissai par la fenêtre. Je pris ma place habituelle, et la contemplai ainsi jusqu’au moment où il était temps pour moi de la laisser se réveiller.

A la villa, rien n’avait bougé. Rose était toujours devant la télévision avec Emmett, cependant, ils ne la regardaient plus. Ils se contemplaient l’un l’autre, dans un silence gênant pour moi. Je montai vite dans ma chambre, pour leur laisser leur intimité. Je les enviais. J’aurais aimé passer la nuit à regarder Bella dans les yeux, et non plus clandestinement. Pour les oubliés, je mis un CD de Debussy, et j’écoutai ma chanson préférée. Au milieu du morceau, cependant, je n’étais pas satisfait, une autre musique se jouait dans ma tête. La berceuse.

Je profitai qu’Emmett et Rose aient gagné leur chambre, pour m’installer au piano.



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